Le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, a prévenu, dimanche 20 juin, lors d’une visite au Liban, que l’UE était prête à prendre des mesures pour inciter la classe politique à prendre ses responsabilités et à faire les réformes nécessaires.
« Nous sommes très préoccupés par les crises économiques et politiques actuelles auxquelles le Liban est confronté », a souligné le Haut Représentant, estimant que cette crise est une « crise intérieure », une « crise auto-imposée », une « crise faite maison ».
Il a appelé les dirigeants à prendre leurs responsabilités et à adopter les mesures nécessaires « sans plus attendre ». « Un gouvernement doit être formé et les principales réformes doivent être mises en œuvre immédiatement », a-t-il souligné.
M. Borrell a expliqué ne pas comprendre pourquoi, neuf mois après la désignation d’un Premier ministre, il n'y a toujours pas de gouvernement au Liban. Il a ajouté que les élections prévues pour 2022 devaient se tenir dans les délais prévus.
Le Haut Représentant a aussi prévenu que seul un accord urgent avec le Fonds monétaire international permettra de sauver le pays d'un effondrement financier. « Il n'y a pas de temps à perdre. Vous êtes au bord de l'effondrement financier », a-t-il insisté. Selon lui, une fois le programme mis en place, l’UE pourra envisager des prêts concessionnels et des garanties, fournir des mesures commerciales et un programme d'assistance macrofinancière.
L’UE est prête à aider le Liban, a promis M. Borrell, sous réserve que le pays fasse des progrès dans les réformes. « Nous avons les ressources et la volonté d'aider davantage. Mais pour pouvoir aider davantage, nous avons besoin que le processus de réformes se poursuive, s'accélère et soit capable de surmonter la situation actuelle », a-t-il ajouté. Le Haut Représentant a rappelé qu’en 2020, l’UE avait fourni 333 millions d’euros au pays.
À l'inverse, « s'il y a davantage d'obstruction à la recherche de solutions à la crise multidimensionnelle que connaît actuellement le pays, nous devrons envisager d'autres moyens d'action, comme l'ont proposé certains États membres. Le Conseil de l'UE a discuté des options, y compris des sanctions ciblées », a mis en garde M. Borrell.
« Les sanctions sont sur la table, nous en discutons, il n’y a rien de décidé et j’aimerais bien qu’il ne faille pas en décider », a-t-il ajouté.
Selon un document vu par Reuters, l’approche de l’UE porterait sur quatre critères qui justifieraient des sanctions : l'entrave à la mise en place d'un gouvernement, au processus politique ou à la réussite de la transition politique, l'entrave à la mise en œuvre des réformes urgentes nécessaires pour surmonter la crise politique, économique et sociale, la malversation financière/mauvaise gestion des finances publiques et du secteur bancaire et la violation des droits de l'homme résultant de la crise économique et sociale. (Camille-Cerise Gessant)