Les ministres européens des Affaires étrangères ont exprimé, lundi 19 avril par visioconférence, leur extrême préoccupation face à la détérioration de la situation au Tigré, en Éthiopie, réitérant une fois de plus les demandes de l'UE : un plein accès humanitaire, une enquête indépendante sur les allégations de graves violations des droits de l'homme et le retrait immédiat des troupes érythréennes.
Malgré les annonces du gouvernement éthiopien, ces demandes sont restées lettre morte, a déploré le Haut Représentant de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, au vu du rapport que leur a fait le ministre finlandais, Pekka Haavisto, de sa deuxième mission dans le pays (EUROPE 12700/13).
« Les progrès demeurent très limités au Tigré. Les combats se poursuivent, l'accès humanitaire est toujours empêché, les troupes érythréennes ne se retirent pas et les violations des droits de l'homme continuent. Notre collègue, M. Haavisto, a pu se rendre à Mekele, capitale du Tigré, et mesurer, sur le terrain, combien il est urgent d'obtenir un cessez-le-feu surveillé pour améliorer la sécurité et rendre possible le travail humanitaire », a déclaré le Haut Représentant à la presse.
Et d'ajouter : « Annoncé tant de fois, le retrait des troupes érythréennes doit devenir réalité immédiatement ».
Évoquant le rapport de la commission des droits de l'homme des Nations Unies, qui, il y a une semaine, a fait état d'allégations de violations massives des droits humains, de crimes de guerre et de violences fondées sur le genre, M. Borrell a dit encourager le déploiement conjoint de la commission des droits de l'homme éthiopienne et du bureau des droits de l'homme du HCR pour investiguer. « Les responsables devront être comptables » de leurs actes, a-t-il rappelé.
En outre, selon M. Borrell, « le gouvernement doit faire preuve de son engagement à organiser un dialogue national en vue des élections. » Avant la visioconférence, il avait rappelé que des sanctions pourraient être appliquées par l'UE au cas où le gouvernement éthiopien ne tiendrait pas ses promesses concernant la situation au Tigré.
Le Haut Représentant a informé les ministres de sa décision de dépêcher une mission d'observation électorale en vue des prochaines élections, « sauf si la situation continue de se détériorer davantage ». Il a précisé que l'UE suivra la situation de près dans les prochains jours pour savoir si elle peut confirmer cette décision en prenant en compte le fait que des élections ne pourront se tenir au Tigré.
À l'heure où M. Borrell souhaite initier une réflexion sur une stratégie future de l’UE à l'égard de l'Éthiopie qui aille au-delà de la crise du Tigré, le ministre slovène, Anže Logar, dont le pays assurera la Présidence tournante du Conseil 'Affaires étrangères' en juillet, a estimé que l’Éthiopie est « le principal partenaire en Afrique pour l’Union européenne, pour le moment ».
Plus de 53 millions € d'aide humanitaire. Lundi, l’UE a annoncé la mobilisation de 53,7 millions € supplémentaires d'aide humanitaire en faveur des personnes les plus vulnérables en Éthiopie, en particulier celles touchées par le conflit au Tigré. Ces fonds aideront à couvrir les besoins les plus pressants des populations déplacées et de ceux qui les accueillent.
Le commissaire européen à la Gestion des crises, Janez Lenarčič, sera en Éthiopie mardi 20 avril, où il rencontrera le vice-premier ministre, Demeke Mekonnen.
« La situation au Tigré reste grave malgré de légères améliorations, et des millions de personnes ont toujours besoin d'aide. La principale priorité reste donc d'assurer l'accès humanitaire à toutes les personnes dans le besoin au Tigré. La sûreté et la sécurité du personnel humanitaire doivent être assurées, conformément au droit humanitaire international. », déclarait-il, lundi, dans un communiqué. (Aminata Niang)