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Bulletin Quotidien Europe N° 12663
ACTION EXTÉRIEURE / Russie

Les ministres européens des Affaires étrangères s’accordent sur des sanctions dans l’affaire Navalny

Les ministres des Affaires étrangères des États membres de l'Union européenne ont donné, lundi 22 février, leur accord politique pour que des sanctions soient adoptées en réponse au traitement de l'opposant politique russe Alexeï Navalny.

« Les ministres ont atteint un accord politique pour imposer des mesures restrictives à l’encontre des responsables de l’arrestation, la condamnation et la persécution d’Alexeï Navalny », a annoncé le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, à l’issue du Conseil de l’UE, ajoutant que, pour la toute première fois, l’UE utiliserait son régime mondial sur les droits de l’homme.

Le Haut Représentant a annoncé que la procédure d’adoption allait être immédiatement lancée, espérant une adoption, via une procédure écrite, en moins d’une semaine.

Selon une source européenne, la proposition du Haut Représentant porterait sur quatre noms. Il s’agirait, selon un diplomate cité par Reuters, du chef de la commission d’enquête russe, Alexander Bastrykin, du directeur du service fédéral des prisons, Alexander Kalashnikov, du directeur de la Garde nationale, Viktor Zolotov, et du procureur général, Igor Krasnov.

Aucun oligarque ne devrait être sanctionné, malgré les demandes des proches de M. Navalny. « Les personnes qui vont être sanctionnées doivent avoir directement participé à ce que nous voulons sanctionner. On ne peut pas punir des gens parce qu’on ne les aime pas », a expliqué M. Borrell.

Plus tôt dans la journée et après une rencontre, la veille, avec des délégations européennes, le directeur politique de M. Navalny, Leonid Volkov, avait plaidé pour des mesures à l’encontre de ces oligarques, lors d’une rencontre avec des journalistes à Bruxelles. « S'il s'agit seulement de dix fonctionnaires du Kremlin qui ne voyagent pas à l'étranger et n'ont pas de biens à l'étranger, alors, en effet, ce ne serait pas douloureux », avait-il mis en garde.

Selon ce proche de M. Navalny, les oligarques font partie du régime. « Ces personnes qui exécutent immédiatement la répression ne pourraient pas exister sans le soutien des oligarques et, inversement, les oligarques ne le seraient pas si la machine répressive (…) ne leur permettait pas d’être milliardaires, car il n’y a pas de cour indépendante, d’élections libres, etc. », a-t-il expliqué. Le directeur politique a aussi appelé l’UE à aller plus loin et à s’attaquer à l’argent de la corruption russe dépensé en Europe. 

Soutien à la société civile

Les ministres des Vingt-sept ont également discuté de ce qu’ils pourraient apporter à la société civile. « Nous avons décidé d'apporter plus de soutien à toutes les personnes engagées en Russie dans la défense des libertés civiles et politiques », a annoncé le Haut Représentant, sans donner plus de détail.

M. Volkov a cependant mis en garde contre une aide financière à la société civile russe. « Nous n’en avons pas besoin, cela nous mettrait en danger », a-t-il expliqué, alors qu'il est possible d'être condamné à de la prison pour avoir reçu des fonds de l’étranger pour des activités politiques. De plus, selon M. Volkov, la société civile russe n’a jamais été aussi forte.

« Nous n’avons pas besoin de fonds, nous avons besoin d’un soutien politique, nous avons besoin que l’UE parle à Poutine, mais pas pour construire des ponts ou négocier, car cela n’aide pas », a-t-il expliqué. « Bâtir des ponts et continuer le dialogue n’aide pas, Poutine le voit comme un signe de faiblesse », a estimé M. Volkov.

L’UE muscle son jeu

Les Européens ne sont cependant pas prêts à couper les ponts avec la Russie. Mais ils vont durcir le ton face à Moscou. « Nous devons trouver un modus vivendi pour éviter une confrontation constante avec un voisin qui, malheureusement, a décidé d'agir comme un adversaire », a expliqué le Haut Représentant. Selon lui, « il y a une évaluation partagée que la Russie dérive vers un État autoritaire et s’éloigne de l’UE ». Les actions agressives de la Russie étaient un signal clair que celle-ci ne veut pas coopérer avec l’UE, mais, « au contraire, être en confrontation et dans le désengagement », a-t-il ajouté. 

M. Borrell a aussi reconnu que l’attitude qu’il avait rencontrée lors de son voyage à Moscou avait peut-être convaincu certains États réticents à adopter des sanctions à franchir le pas. 

L’UE a donc décidé de travailler sur trois lignes principales d’action : reculer (push back), contenir (contain) et engager (engage), tout en conservant ses cinq principes directeurs dans ses relations avec la Russie.

L’Union va donc reculer quand la Russie enfreint la loi internationale, contenir quand la Russie essaie d’augmenter la pression sur l’UE, notamment en termes de désinformation ou de cyberattaques, et enfin s’engager quand il est dans l’intérêt de l’UE de le faire.

« Il est nécessaire de rétablir un dialogue avec la Russie. Il y a beaucoup de thématiques sur lesquelles il est important de dialoguer avec la Russie : des questions de santé, de climat. Nous voulons redémarrer ce dialogue, mais, pour l'instant, la balle est dans le camp de Moscou », a expliqué le ministre allemand Heiko Maas, à l’issue du Conseil.

Les chefs d’État et de gouvernement européens discuteront des relations avec la Russie lors de leur Conseil européen de fin mars. (Camille-Cerise Gessant avec Léa Marchal)

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