La commissaire européenne Stella Kyriakides a profité de la visioconférence des ministres européens de la Santé, mercredi 13 janvier, pour rappeler aux États membres de l'UE leur engagement à ne pas lancer leurs « propres procédures d'achat » de vaccins contre la Covid-19.
« Laissez-moi vous rappeler qu'en approuvant l'accord (déléguant les négociations à l'UE), vous avez accepté de ne pas lancer vos propres procédures pour l'achat de vaccins avec les mêmes laboratoires », a-t-elle insisté, en référence aux récentes polémiques liées au protocole d'accord conclu par l'Allemagne avec BioNTech et CureVac (EUROPE 12632/17).
« Je comprends les pressions au niveau national et l'angoisse de vos citoyens (...), mais conclure des accords parallèles ne fera que saper une approche européenne qui a porté ses fruits », a-t-elle ajouté.
En conférence de presse, elle a une nouvelle fois éludé les questions relatives à l'existence ou non de contrats parallèles : « L'un des principes clés est d'éviter les commandes parallèles et nous sommes convaincus que les États membres sont prêts à s'y conformer ».
Vers une demande de J&J « en février »
La réunion informelle des ministres de la Santé, à laquelle ont également participé des représentants de l'Agence européenne des médicaments (EMA) et du Centre européen de prévention des maladies, a également permis de faire le point sur la situation épidémiologique, la stratégie européenne de vaccination et les campagnes nationales de vaccination.
À cette occasion, Mme Kyriakides a rappelé avoir jusqu'à présent conclu six contrats d'achat anticipé (avec AstraZeneca, Sanofi-GSK, Johnson&Johnson, BioNTech-Pfizer, CureVac et Moderna) et être sur le point d'en conclure deux autres (Novavax et Valneva).
À l'heure actuelle, seuls les vaccins de BioNTech-Pfizer et Moderna ont reçu une autorisation de commercialisation. Mais deux autres vaccins devraient suivre, a souligné la commissaire. AstraZeneca a en effet introduit une demande d'autorisation en début de semaine, ouvrant la voie à un avis de l'EMA et une décision de la Commission européenne le 29 janvier (EUROPE 12634/1). Quant à Johnson&Johnson, la commissaire aurait annoncé, selon l'eurodéputé Peter Liese, que la société devrait introduire sa demande « en février ».
Se baser sur la science et encourager la recherche
Dans la foulée, l'industrie pharmaceutique, par la voix de ses organisations européennes et internationales, a publié un communiqué de presse appelant à « se baser sur la science » en matière de stratégie de vaccination anti-Covid-19 et à ne pas déroger aux recommandations en modifiant le dosage ou l'intervalle entre plusieurs doses.
Du côté de l'Agence européenne des médicaments, on affirme qu'aucune modification des recommandations n'est envisagée à ce stade. « À l'heure actuelle, les entreprises impliquées dans le développement de ces vaccins n'ont fourni aucune preuve pour soutenir la réduction du nombre de doses, l'allongement du délai entre les doses, le changement de dose (demi-dose) ou le mélange de vaccins afin de vacciner davantage de personnes contre la Covid-19 », a indiqué l'agence à EUROPE, ajoutant qu'elle se tenait néanmoins prête à procéder à de nouvelles évaluations « si et quand » de nouvelles preuves soutenant des modifications des schémas posologiques deviennent disponibles.
Plusieurs représentants de l'industrie pharmaceutique (Albert Bourla pour Pfizer, Ugur Sahin pour BioNTech et Tal Zaks pour Moderna) ont également participé à une conférence en ligne organisée par le groupe PPE du Parlement européen.
À cette occasion, le PDG de Pfizer a annoncé une augmentation « drastique » de la production de son vaccin, s'engageant à produire 2 milliards de doses et non 1,3 milliard comme initialement prévu. Invité par la société civile à rendre public le contrat conclu par Pfizer-BioNTech avec l'UE, Albert Bourla a indiqué qu'il évaluerait la possibilité de produire des versions pouvant être dévoilées.
La crainte du variant anglais
À l'heure actuelle, le SARS-CoV-2 a contaminé près de 16 millions de personnes dans l'UE/Espace économique européen et causé la mort de 377 000 personnes.
Mardi, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) s'est inquiétée des nouvelles variantes actuellement en circulation. Elle estime à 50 le nombre de pays et territoires où se trouve actuellement le variant britannique (VOC 202012/01) et 20 pour pour ce qui est du variant identifié en Afrique du Sud (501Y.V2). Une troisième mutation a en outre été découverte la semaine dernière au Japon.
Interrogé sur les nouvelles mutations, le responsable médical de Moderna, Tal Zaks, a indiqué s'attendre à ce que le vaccin de Moderna protège aussi contre ces variantes. « Mais nous gardons les doigts sur le pouls », a-t-il indiqué. Selon lui, le vaccin de Moderna confère une protection de plusieurs mois, même s'il est trop tôt pour savoir exactement combien. « Cela devrait durer au moins un an, probablement plus », a-t-il indiqué, estimant que les 6 mois semblaient désormais acquis. (Sophie Petitjean)