login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 12535
POLITIQUES SECTORIELLES / Espace

Le budget européen devrait doubler pour se hisser au niveau des grandes puissances spatiales mondiales, selon M. Lionnet

Le secteur spatial européen souffre d’un sous-financement institutionnel chronique pour pouvoir espérer rattraper l’activité des autres grandes puissances spatiales que sont la Chine, la Russie et les États-Unis, a expliqué Pierre Lionnet, directeur de recherche à ASD-Eurospace, lors d’un point presse, jeudi 23 juillet.

« Le budget européen annuel, c’est 9,3 milliards d’euros, alors qu’aux États-Unis le budget spatial est supérieur à 40 milliards d’euros, et il est réparti à peu près à moitié pour le civil et à moitié pour le militaire, alors qu’en Europe, le budget spatial pour le secteur militaire représente un petit neuvième, soit 1,2 milliard d’euros », a-t-il expliqué à EUROPE.

Ces chiffres laisseraient supposer que le budget européen devrait être quadruplé pour être du budget américain.

Toutefois, les États-Unis ont développé une stratégie spécifique de duplication civile et militaire, a dit M. Lionnet, rappelant l’exemple des lanceurs Delta et Atlas, ou encore le développement des infrastructures météorologiques. Une telle stratégie de duplication, particulièrement onéreuse, ne doit pas forcément être suivie par l’Europe, selon cet expert.

« On n’a pas besoin d’avoir autant que les Américains. On peut se baser simplement sur une seule source. Si on avait un doublement des ressources, cela nous mettrait au niveau au moins de ce que font les Russes et les Chinois, et nous rapprocherait des Américains » a-t-il ajouté.

Selon les chiffres de 2019 publiés par Eurospace, depuis 2010, l’activité spatiale mondiale est à 80% portée par les programmes gouvernementaux, avec une légère augmentation depuis 2016. Or, selon l’étude, la demande institutionnelle européenne est six fois moins importante que celle des États-Unis ou de la Russie et environ 4,5 fois moins que celle de la Chine.

Le cas des lanceurs européens

Les lanceurs européens, Ariane et Vega, en sont un bon exemple. « Sur les cinq dernières années, 45% des lancements institutionnels européens ont été faits avec les lanceurs russes, que ce soit à Kourou ou à Baïkonour », a détaillé l'expert. Or, selon M. Lionnet, cette situation a une vraie incidence sur la compétitivité du secteur européen, étant donné que la réduction des coûts du lanceur est directement corrélée à la fréquence des tirs.

« Qu’un lanceur soit réutilisable ou à usage unique, l'élément absolument fondamental de la fonction de coût reste le volume de lancements. Pour un système technique et industriel donné, le simple doublement de la fréquence de lancement peut théoriquement conduire à abaisser jusqu'à 40% le prix par kilo en orbite, à condition que la demande existe et que l'offre soit capable de suivre », a-t-il exposé.

Cela permettrait la mise en place d'un cercle vertueux : augmenter la cadence de tir abaisserait les coûts, renforcerait la compétitivité du secteur européen et son taux de pénétration sur les marchés commerciaux et, partant, abaisserait d’autant plus les coûts grâce à une intensification supplémentaire des tirs portée par les commandes privées.

Une telle augmentation est possible, selon M. Lionnet : au tournant des années 2000, Kourou était capable de procéder à une vingtaine de tirs certaines années, en s’appuyant à la fois sur le pas de tir d’Ariane 4 et celui d’Ariane 5.

« Du côté de la Commission européenne, il y a une vraie compréhension de l’importance stratégique de favoriser les lanceurs européens. Mais le problème est plutôt du côté des programmes nationaux », a poursuivi l’expert, citant notamment le cas allemand.

Abordant les négociations budgétaires au niveau de l’UE (EUROPE 12533/6), M. Lionnet s’attend à l'avenir à une courbe d’investissement « soit plate, soit légèrement à la hausse » par rapport aux années précédentes.

En début de semaine, les États membres se sont mis d’accord pour fixer le budget de l’UE à 13,2 milliards d’euros (prix 2018), soit une enveloppe inférieure à celle réclamée par le PE, qui proposait 15 milliards d’euros (EUROPE 12409/8), et par la Commission européenne (14,2 milliards d’euros)

Pour rappel, l’industrie souhaitait 16 milliards d’euros (en prix courant, soit ce que proposait la Commission initialement), ainsi que 4 milliards d’euros pour la recherche et le développement, et entre 2,5 et 5 milliards d’euros pour développer un programme relatif à la connectivité. Ce programme était préconisé par le commissaire au Marché intérieur, Thierry Breton. (Pascal Hansens)

Sommaire

POLITIQUES SECTORIELLES
RÉPONSE EUROPÉENNE À LA COVID-19
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES
ACTION EXTÉRIEURE
INSTITUTIONNEL
SOCIAL
CONSEIL DE L'EUROPE
BRÈVES