L'Union européenne poursuit ses efforts pour assurer un déploiement sécurisé des réseaux 5G, comme en témoigne un rapport d'avancement sur la mise en œuvre de la boîte à outils de l'UE publié vendredi 24 juillet par les États membres, avec le soutien de la Commission européenne et de l'Agence européenne de la cybersécurité (ENISA).
« Vu l'importance critique de la 5G en tant qu'infrastructure sous-jacente aux technologies à venir, il faut qu'elle puisse être déployée rapidement et en toute sécurité dans tous les États membres. Le rapport publié aujourd'hui montre que nous sommes sur la bonne voie », a commenté le ministre fédéral allemand de l'Économie et de l'Énergie, Peter Altmaier, dont le pays préside actuellement le Conseil de l'UE.
État des lieux des restrictions
Ce rapport examine la manière dont les États membres appliquent la boîte à outils pour la sécurité des réseaux 5G qui recommande une approche basée sur le risque et encourage une approche « multifournisseurs » (EUROPE 12414/7, 12222/23).
D'après le document, quatorze États membres considèrent leur exposition à des fournisseurs à haut-risque comme « moyenne à élevée », tandis que trois pays jugent cette exposition « faible ». La plupart des États membres estiment ne pas être suffisamment préparés pour lutter contre le risque que représente une interférence étrangère via la chaîne d'approvisionnement 5G (mesures d'atténuation actuelles jugées « insuffisantes »).
« Pour la partie 'réseau central', des restrictions ont commencé à voir le jour dans plus d'un tiers des États membres », a noté un haut fonctionnaire européen, ajoutant qu'il restait notamment du travail en matière de diversification et de non-dépendance.
Quid du géant chinois Huawei ?
Comme dans les précédents documents, inutile de chercher les noms Huawei ou ZTE dans le document. Les équipementiers chinois, que Washington accuse pourtant d'espionnage, n'y apparaissent pas.
En mars, les États membres s'étaient mis d'accord pour introduire des restrictions, voire des exclusions, pour protéger des parties sensibles ou critiques du réseau (fonctions au cœur du réseau, fonctions de gestion et d'orchestration du réseau ou encore fonctions d'accès aux réseaux).
Interrogé par la presse pour savoir où en étaient ces restrictions, un haut fonctionnaire européen a répondu : « Le rapport donne des exemples, mais ne dit pas qui fait mieux que l’autre. Il s'agit plutôt une évaluation ».
Le Royaume-Uni a pourtant récemment annoncé son intention d'exclure Huawei de son réseau au plus tard en 2027 (EUROPE 12528/29). En France, l'équipementier chinois ne fera pas l'objet d'une interdiction totale du marché de la 5G, mais les opérateurs utilisant déjà du matériel Huawei auront des autorisations d'exploitation limitées à huit ans. A contrario, en Espagne, en Pologne ou en Grèce, notamment, il est déjà prévu que les opérateurs utilisent Huawei dans leurs déploiements, aux côtés d'Ericsson et de Nokia.
Quel avenir pour la 5G ?
Si la Commission européenne avait reconnu qu'il serait compliqué de finaliser l'attribution de l'ensemble des fréquences avant la fin de l'année, elle maintient l'objectif de 2025 pour un déploiement complet de la 5G dans les zones urbaines et les principaux axes de transport (EUROPE 12504/13).
Or, le géant chinois Huawei est, avec Nokia et Ericsson, l'un des trois seuls équipementiers capables d'alimenter l'intégralité du réseau, alors que ZTE ou Samsung sont seulement en mesure de fournir des parties.
Une telle situation ne semble pas inquiéter la Commission européenne : « Si vous regardez la situation globale, Nokia et Ericsson ont déjà une large proportion du marché. Plus de 50%, même. Deux prestataires européens peuvent fournir ce qui est nécessaire pour l'Europe et le reste du monde. (...) Donc, on est confiant », a déclaré cette source, précisant toutefois que la boîte à outils n'avait pas été pensée contre un acteur en particulier. (Sophie Petitjean)