Le Parlement européen a confirmé, jeudi 18 juin, lors de sa session plénière, qu’il ne donnera pas son consentement à n’importe quel prix à un futur accord avec le Royaume-Uni ; il ne le donnera que si les deux parties s’accordent sur une relation équilibrée, solide du point de vue du respect des règles du jeu équitables et assortie d’un accord sur la pêche.
Le PE a adopté sa position par 572 voix, contre 34 et 91 abstentions. Il rappelle essentiellement que « des progrès tangibles sont nécessaires » et qu'il rejette toute « approche à la carte » du Royaume-Uni, a résumé, lors d’une conférence de presse, le chef de la délégation UE/Royaume-Uni au PE et président de la commission Affaires étrangères, co-compétente, David McAllister (PPE, allemand). À ses côtés, Bernd Lange (S&D, allemand), président de la commission du commerce international, a affirmé que, compte tenu des offres de départ de l'UE (un large accord sans quotas ni droits de douane), aboutir à « un accord de type CETA serait un mauvais accord ».
Les deux hommes ont aussi rappelé que la mise en œuvre de l'accord de retrait était une priorité et que, bien que « l'on espère le meilleur », il faut continuer à se préparer au « no deal », a souligné l'élu PPE.
Les eurodéputés avaient débattu la veille en plénière des contours de cet accord, déplorant dans leur grande majorité l’absence de progrès à ce jour dans les négociations et renouvelant leur confiance au négociateur de l’UE, Michel Barnier.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, était aussi devant les députés. Lors de sa prise de parole, elle a assuré aux élus que la Commission avait l’intention de faire « de son mieux » et « dans un bon esprit », mais « nous ne sommes pas prêts à remettre en cause les principes de notre Union », leur a-t-elle lancé.
Elle a rappelé la position de l’UE sur une série de points comme les règles environnementales, où il faut toujours progresser « vers le haut », ou encore la pêche, où la souveraineté du Royaume-Uni sur ses eaux « ne fait aucun doute », mais « il faut de la prévisibilité, des garanties pour nos pêcheurs qui pêchent dans ces eaux depuis des décennies ».
Et il est « clair qu’il n’y aura pas d’accord global sans accord sur la pêche » ni sans accord sur la gouvernance, laquelle n’est pas « une question de bureaucrates », mais constitue une protection essentielle pour les citoyens.
La présidente a certes indiqué que « personne ne peut dire avec certitude quelle sera l’issue des négociations, mais j’aurai la certitude qu’on aura fait tout ce qui est en notre pouvoir » pour assurer un bon départ du pays tiers que deviendra le Royaume-Uni au 1er janvier 2021.
À l’issue du débat des eurodéputés, le négociateur en chef de l’UE, Michel Barnier, est revenu pour sa part sur la réunion de haut niveau du 15 juin (EUROPE 12506/6) qui a acté l’intensification des pourparlers.
« Je partage le sentiment d’urgence de Boris Johnson », a confié le négociateur, mais ce qui compte pour l’UE, « c’est une avancée sur le fond ».
Il a souligné que les conditions d’un accord sont connues et ont été négociées et rédigées dans la déclaration politique, un engagement mutuel qui n’est pas ouvert à la négociation. « On voit bien la stratégie du gouvernement britannique maintenant », qui a « déjà refusé toute discussion sur les affaires étrangères et la défense » et ne reste « concentré que sur ses seuls intérêts économiques », a dit Michel Barnier. L’UE, elle, souhaite que « les conditions d’accès à notre marché soient justes », a-t-il insisté.
Le Royaume-Uni recherche en fait un statut « très proche de celui de l’adhésion et de la participation au marché unique », mais « sans aucune contrainte ». Londres veut aussi pouvoir s’écarter et faire de la « concurrence réglementaire », a estimé M. Barnier.
« Sur les IGP [indications géographiques protégées], Londres a même souhaité rouvrir la question », a-t-il ajouté.
M. Barnier s’est néanmoins à nouveau dit convaincu qu’un accord reste possible, même si ce sera « difficile », mais « pas à n’importe quel prix » a-t-il indiqué, faisant écho au PE. (Solenn Paulic)