La Commission européenne a publié, jeudi 18 juin, son rapport annuel sur les obstacles au commerce et à l'investissement. Les chiffres de 2019 illustrent que, même avant la pandémie de Covid-19, le protectionnisme s'ancrait structurellement dans les échanges commerciaux de l'Europe.
Une édition (https://bit.ly/2UUr9rB ) publiée, donc, « dans des circonstances vraiment exceptionnelles », souligne le commissaire au Commerce, Phil Hogan, en préface. « En quelques mois seulement, la grave crise de santé publique et l'impact économique de la pandémie de Covid-19 ont radicalement changé les perspectives de nos entreprises », une situation « susceptible d'entraîner une augmentation des barrières commerciales mondiales » en 2020.
Avant même la crise, en 2019, l’Union a enregistré un nombre croissant de mesures restrictives pour le commerce chez ses partenaires commerciaux, démontre le rapport. Cela révèle « un changement structurel particulièrement inquiétant », décrypte M. Hogan : le protectionnisme est à la mode, il est même devenu « structurellement ancré » dans les relations commerciales de l’UE avec de nombreux partenaires commerciaux.
À la fin de l’année, les opérateurs de l’UE étaient confrontés à 438 obstacles au commerce et à l’investissement dans 58 pays, avec en 'top 5' des pays les plus protectionnistes : la Chine, caracolant en tête avec 38 barrières (près de 9% du total), suivie de la Russie avec 31 (7%), de l’Indonésie (25) et des États-Unis (24).
Hausse des mesures frontalières
Avec 229 obstacles (ou 52% de ceux-ci), les mesures frontalières (restrictions directes, aux douanes) sont en 2019, pour la première fois, plus nombreuses que les mesures à l’intérieur des frontières (obstacles techniques au commerce injustifiés). Le signe, estime la Commission, que les partenaires ont recours à une panoplie plus large d'obstacles.
43 nouvelles mesures ont été enregistrées dans 22 pays (contre 45 en 2018 - EUROPE 12276/7), dont 10 dans la région Méditerranée/Moyen-Orient (cinq en Arabie Saoudite et au Liban, trois en Algérie), révélant un « effet de contagion émergeant », s’inquiètent les auteurs. Un tiers de ces obstacles concernaient des mesures sanitaires et phytosanitaires. Sans surprise, la Chine confirme, ici aussi, sa place dans le ‘top 3’ (avec quatre nouvelles mesures). La taille de son économie et la caractéristique des secteurs affectés, parfois stratégiques pour l'UE, font que la stratégie commerciale chinoise pèse particulièrement lourd sur le commerce européen, entravant plus de 15,5 milliards d'euros du commerce de l'UE, estime la Commission.
40 barrières éliminées
Au cours de l’année, l’UE a par contre également réussi à faire sauter 40 barrières (soit cinq de mieux que l’année précédente), d’une valeur de 19,4 milliards d'euros, les obstacles les plus importants ayant été levés en Chine (soit 63% de tous les flux commerciaux affectés). « Alors que nos efforts portent leurs fruits dans l'agroalimentaire, l'élimination des obstacles dans les secteurs de l'industrie et des services devient de plus en plus difficile », souligne M. Hogan. « Cela est particulièrement préoccupant lorsqu'il s'agit de secteurs clés pour notre souveraineté et notre autonomie stratégique, en particulier la haute technologie. » (Hermine Donceel)