Alors qu'un futur vaccin contre le Covid-19 fait l'objet de toutes les convoitises, le directeur exécutif de l’Agence européenne des médicaments (EMA) a recommandé de recourir à des modélisations pour identifier la population qui en aura le plus besoin.
« Quand nous accorderons une autorisation de mise sur le marché en Europe pour un vaccin, il nous sera impossible de garantir en même temps la disponibilité de cette substance partout », a-t-il indiqué lors d'un échange avec les eurodéputés de la commission de la santé publique du PE, lundi 18 mai.
Cet échange de vues faisait suite à une discussion en session plénière au cours de laquelle les eurodéputés s'étaient inquiétés de la concurrence que se livrent actuellement certains pays (EUROPE 12487/11). Il complétait une discussion intervenue la semaine passée entre l'EMA et la commission parlementaire, réunion qui avait dû être écourtée en raison de problèmes techniques (EUROPE 12485/2).
L'échec du projet Discovery
À cette occasion, le directeur exécutif de l'agence, Guido Rasi, s'est exprimé sur l'échec du projet Discovery, lancé à la mi-mars pour trouver un traitement au Covid-19, à défaut d'un vaccin (EUROPE 12452/12). Suite aux propos de Frédérique Ries (Renew Europe, belge) mettant en avant la seule participation de patients français aux essais cliniques, M. Rasi a reconnu des retards et a assuré que les essais allaient bientôt être élargis. Selon lui, les problèmes proviennent du fait que ce type d’essai clinique doit être sponsorisé, ce qui n'a pas été le cas ici. En guise de solution, il a évoqué la rénovation de la plateforme et l'injection de fonds européens. « Ça nous parait être la meilleure manière de faire et j’espère que de nombreux pays vont y participer », a-t-il déclaré.
Bientôt une AMM pour le Remdesivir
Il a profité de cet échange de vues pour annoncer qu'une autorisation de mise sur le marché (AMM) conditionnelle allait être octroyée « dans les prochains jours » à la société pharmaceutique américaine Gilead pour le traitement Remdesivir. Jusqu'ici, l'agence recommandait son usage compassionnel (pour les malades en impasse thérapeutique) malgré l'absence d'AMM. Il a aussi déclaré que « d'autres traitements possibles contre le Covid-19 qui pourraient être disponibles rapidement » sont ceux basés sur des anticorps monoclonaux, qui peuvent « neutraliser » le virus.
Des leçons à tirer
Le chef de l'agence a notamment répondu aux suggestions de Valérie Trillet-Lenoir (Renew Europe, française) de constituer un stock de vaccins ou de médicaments essentiels. Selon lui, bien que cela ne fasse pas partie des compétences de l'EMA, « ce serait sans aucun doute une bonne idée ». Quant au futur de l'EMA, il a répondu : « Ce n'est pas à nous de déterminer notre rôle. À l'heure actuelle, on est un peu hors de nos compétences. Il faudra mener une réflexion pour avoir une base juridique », a-t-il indiqué, suggérant d'apporter à l'EMA un soutien en matière d'infrastructure, des outils informatiques et un mandat clair en matière de coordination.
Guido Rasi a souligné que, dans le cas du Covid-19, l'Agence avait créé une plateforme de contrôle pour vérifier la sécurité et l'efficacité du vaccin (EMA pandemic taskforce – Covid-ETF) et qu'il pourrait s'avérer utile de pérenniser cette plateforme. Idem pour les points de contact avec l'industrie (i-SPOC) (EUROPE 12462/6).
Et le reste du monde ?
Pour éviter un accès inégal aux vaccins, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé la semaine passée son intention de lancer une plateforme de partage de données et de licences de droits de propriété intellectuelle pour assurer l'accès du plus grand nombre aux découvertes médicales et technologiques réalisées dans la lutte contre le Covid-19.
De son côté, le président chinois, Xi Jinping, a déclaré lundi, lors de la 73e Assemblée mondiale de la santé, qu'un éventuel vaccin chinois contre le nouveau coronavirus deviendra un « bien public mondial ». (Sophie Petitjean)