Margrethe Vestager, vice-présidente exécutive de la Commission européenne responsable de la Politique de concurrence, s’inquiète des écarts entre les aides publiques distribuées par les États membres pour faire face à la crise du coronavirus. Elle estime qu’ils commencent à fausser le marché unique et ralentissent la reprise économique du bloc, indique-t-elle lundi 18 mai au Süddeutsche Zeitung.
L’Allemagne pèse pour plus de la moitié des aides publiques d’urgence approuvées jusqu’ici par la Commission.
Dans un entretien accordé le même jour au journal Le Figaro, Mme Vestager signale qu’en période normale, le recours aux aides d'État est toujours « variable selon les États membres ».
Certains pays ne peuvent pas y recourir. « Dans la situation actuelle, où les besoins sont colossaux, il y a un écart énorme entre les États sur les aides publiques aux entreprises », indique la vice-présidente. Ces aides sont nécessaires pour permettre à l'économie européenne de se remettre de la crise actuelle.
Mais, d’après Mme Vestager, « il nous faut aussi un plan de relance qui pourra corriger la fragmentation du marché intérieur liée aux aides d'État. À défaut, les économies des États membres ne repartiront pas au même rythme et risquent de connaître une reprise beaucoup plus lente. Dans une certaine mesure, ce risque se matérialise déjà ».
Le porte-parole en chef de la Commission, Eric Mamer, a signalé lundi 18 mai qu'une entreprise aidée dans un pays pourra continuer à travailler avec des entreprises dans un autre pays.
La Commission reconnaît toutefois l'existence, en raison des disparités sur les volumes d'aides publiques, d'un « risque pour la cohésion du marché intérieur ».
Pour répondre à ce risque, la Commission compte présenter « une stratégie économique de relance fondée sur une approche horizontale et cohérente à travers l'UE, qui cible, en particulier, les pays qui ont le plus souffert de cette crise », a souligné le porte-parole de l’institution.
51% pour l'Allemagne, loin devant. L'Allemagne se taille la part du lion des aides d'État autorisées par la Commission à chaque pays membre destinées à ses fleurons en difficulté. Sur près de 2 000 milliards d'euros, 51% des aides ont été notifiées par l’Allemagne. La France arrive en seconde position (17%), devant l'Italie (15,5%), le Royaume-Uni (4%), la Belgique (3%) ou encore la Pologne (2,5%).
La Commission a adopté jusqu'alors 124 décisions, couvrant 160 mesures nationales pour un montant de 1 950 milliards d'euros, mais il s'agit d'une estimation, a précisé la Commission.
Dernières décisions. La Commission a validé, entre le 15 et le 18 mai, les aides d’État suivantes liées au Covid-19 : - un régime tchèque d'environ 18,5 milliards d'euros destiné à soutenir les activités de prêt en faveur des entreprises comptant jusqu'à 500 salariés (garanties d'État sur les prêts) ; - un régime danois de garantie publique destiné à soutenir la couverture d'assurance en ce qui concerne les échanges commerciaux auxquels procèdent les entreprises touchées par la pandémie ; - un régime belge de réassurance s’élevant à 903 millions d'euros destiné à soutenir le marché de l'assurance-crédit commercial. (Lionel Changeur)