Réunis en format 'Eurogroupe élargi', les ministres des Finances de l'Union européenne ont mis la touche finale, vendredi 15 mai, à deux des trois filets de sécurité agréés par le Conseil européen pour affronter la crise économique provoquée par le Covid-19 (EUROPE 12487/4, 12465/2). Il reste encore la question du Fonds paneuropéen de la Banque européenne d'investissement à trancher.
« Nous nous sommes employés à tenir notre promesse d'ajouter une nouvelle ligne de défense d'un montant maximum de 540 milliards d'euros », s'est ainsi félicité le président de l'Eurogroupe, Mário Centeno, après la réunion de l'Eurogroupe, rappelant une fois encore la rapidité de la prise de décision politique.
À ce jour, le soutien en cas de crise pandémique est opérationnel, a résumé M. Centeno. Réunis au sein du conseil d'administration du Mécanisme européen de stabilité (MES), les ministres ont validé la ligne de crédit du fonds de sauvetage de l'Eurozone (240 milliards d'euros). À ce stade, aucun pays n'a fait de demande au titre de cette ligne de crédit, a assuré Mário Centeno.
Disponible pendant deux ans et demi, celle-ci couvrira des dépenses budgétaires directement et indirectement liées à la lutte contre le Covid-19 à hauteur de 2% du PIB d'un pays bénéficiaire, celui-ci n'étant pas tenu de mener des réformes structurelles en contrepartie (EUROPE 12483/1). Le commissaire européen à l'Économie, Paolo Gentiloni, a indiqué que l'instrument était « prêt à être utilisé ». La seule condition pour utiliser cette ligne de crédit est d'utiliser l'argent pour des coûts directs et indirects en matière de santé, a-t-il rappelé.
Pour Klaus Regling, directeur du MES, cette ligne de crédit est disponible et il est important que l'évaluation de la Commission confirme que les 19 membres de la zone euro et du MES peuvent bénéficier d'une aide.
Les ministres ont également repris à leur compte l'accord politique ficelé le même jour au niveau des ambassadeurs des États membres auprès de l'UE (Coreper) sur l'instrument SURE de soutien aux régimes nationaux de chômage partiel (100 milliards d'euros) (voir autre nouvelle et EUROPE 12488/5). Cet instrument sera formellement adopté par le Conseil mardi 19 mai, a indiqué le commissaire Gentiloni.
En revanche, sur la création d'un fonds paneuropéen de garantie de la Banque européenne d'investissement, qui permettra d'aider les entreprises européennes à hauteur de 200 milliards, les ministres ont progressé sans marquer d'accord final. Il reste deux questions ouvertes : - le champ d'application, à savoir : est-ce que le fond se concentre seulement sur les PME ou aussi sur des entités plus larges ? ; - le degré de risque que la BEI peut prendre sans mettre en péril sa notation financière triple AAA.
Clarifier les dépenses
Par ailleurs, l'Eurogroupe en format élargi a discuté des priorités stratégiques pour la reprise économique. Les ministres s'étaient déjà mis d'accord sur certaines caractéristiques essentielles du Fonds de relance (temporaire, ciblé, proportionné aux coûts extraordinaires de la crise, et solidarité avec les États membres les plus touchés), a rappelé M. Centeno.
L'Eurogroupe a mené aujourd'hui une discussion stratégique sur les caractéristiques, la conception, la taille et les priorités de la relance. « Je sais que la question du financement suscite beaucoup d'intérêt, mais les dépenses ne sont pas moins importantes », a-t-il concédé. Il a évoqué « un large consensus » pour profiter de la reprise pour « accélérer la modernisation de nos économies », en particulier la transition vers une économie verte et numérique. Les politiques visant à relancer le marché unique et à préserver l'intégrité des chaînes d'approvisionnement, qui démontrent l'interdépendance de nos économies, sont également une priorité.
Paolo Gentiloni a assuré que la Commission présenterait le plan de relance et le Cadre financier pluriannuel 2021-2027 durant la dernière semaine de mai. (Lionel Changeur, Marion Fontana et Mathieu Bion)