Le troisième cycle de discussions avec le Royaume-Uni (le deuxième en vidéoconférence) a une nouvelle fois été « décevant », selon le bilan qu'en a dressé le 15 mai le négociateur en chef de l’UE, Michel Barnier.
Par rapport à la rencontre du 20 au 24 avril, le négociateur a identifié de légers progrès et « un tout début de dialogue constructif sur la pêche », a-t-il cité pour exemple, avant de préciser que, dans ce domaine, toutefois, « nos positions restent extrêmement divergentes ». Mais la partie britannique a soumis pour ce cycle un document de travail, ce qu’elle n’avait pas fait jusqu’ici.
Pour le reste, notamment sur les garanties de concurrence équitable ou le cadre de gouvernance unique, il n'y a eu « aucun progrès ». Londres, a dit le négociateur, assure à l’UE que ses standards seront irréprochables et même supérieurs à ceux de l’UE sur l’environnement ou les conditions de travail. Le Français ne comprend dès lors pas pourquoi le gouvernement britannique ne veut pas s’engager davantage dans une discussion structurée sur ces conditions de concurrence.
Et Londres a refusé de s’engager de manière substantielle sur la gouvernance, concédant, selon M. Barnier, quelques discussions « utiles » sur des « questions sectorielles », mais pas sur « le cadre de gouvernance unique que l’on veut avoir ».
Les négociateurs européens ont aussi été « déçus par le manque d’ambition du Royaume-Uni dans d’autres domaines importants et symboliques », à savoir dans la lutte contre le blanchiment d’argent, mais aussi en ce qui concerne la coopération judiciaire, policière et pénale.
Sur ces sujets, Londres refuse, par exemple, de s’engager sur des garanties de protection des données et demande même, selon Michel Barnier, que les standards européens soient réduits dans certains cas, ce qui est évidemment « impossible », notamment pour un accord sur les données des passagers aériens (PNR).
« Dogmatisme » de l’UE
Du côté de Londres, l’évaluation de cette nouvelle session de discussion n’a pas été bien différente, le gouvernement pointant, lui, le « dogmatisme » de l’UE sur certains aspects de la négociation. « Nous avons fait très peu de progrès vers un accord sur les questions les plus importantes qui restent en suspens entre nous », a dit le négociateur de Londres, David Frost, dans un communiqué.
Pourtant, selon Londres, il est tout à fait possible de conclure encore dans les temps « un accord de libre-échange global standard, avec d'autres accords clés sur des questions telles que l'application de la loi, le nucléaire civil et l'aviation en parallèle, tous conformes à la déclaration politique ».
« Et le principal obstacle à cela est l'insistance de l'UE à inclure un ensemble de propositions nouvelles et déséquilibrées sur ce que l'on appelle les 'règles du jeu équitables' qui lieraient le pays au droit ou aux normes de l'UE ou détermineraient nos régimes juridiques nationaux d'une manière qui est sans précédent dans les accords de libre-échange et qui n'est pas envisagée dans la déclaration politique. Dès que l'UE reconnaîtra que nous ne conclurons pas d'accord sur cette base, nous serons en mesure de progresser », ajoute David Frost, commentant : « il est difficile de comprendre pourquoi l'UE insiste sur une approche idéologique » qui complique l'obtention d'un accord.
Selon Michel Barnier, les discussions ont aussi achoppé sur la demande de Londres de pouvoir avoir quelques quotas et droits tarifaires dans certains domaines, s'il le faut, pour éviter les standards de l'UE. Pour Michel Barnier, négocier ces lignes tarifaires spécifiques prendrait des années, comme le montrent les expériences du Japon ou du Canada. Est-ce à dire que Londres sollicite « une extension de la période de transition ? », s’est interrogé le négociateur.
Pour Michel Barnier, alors qu’un nouveau cycle est prévu début juin, les négociations n’ont toutefois pas encore atteint « le point d’échec ». M. Barnier estime même qu'il est encore possible d’avancer dans la brève période qui reste, même si Londres ne demande pas d’extension, notamment sur la pêche, où M. Barnier n'exclut pas un « compromis ». Les deux parties se retrouveront le 1er juin. (Solenn Paulic)