Les ministres de l'UE responsables de l’Industrie et du Marché intérieur sont tombés d’accord dans leur grande majorité sur la nécessité de ne pas tourner le dos à l’un des principes fondateurs de l’Union européenne, à savoir son ouverture au commerce international, et de procéder à une analyse fine des secteurs stratégiques, avant d’agir, lors d'une réunion informelle 'Compétitivité', vendredi 15 mai.
Pour le commissaire au Marché intérieur, Thierry Breton, l’action européenne à venir sera structurée autour d’un triptyque : souveraineté, solidarité et résilience ; la souveraineté ayant été un point important des discussions, aussi à la demande de la Présidence croate du Conseil de l'UE (EUROPE 12487/3).
Selon plusieurs sources diplomatiques, une grande majorité des délégations nationales se sont retrouvées derrière les positions nordiques, en premier lieu le Danemark et la Finlande, qui ont insisté sur le maintien de l’ordre commercial international actuel.
La proposition de relocaliser certaines chaînes de production clés a été certes mentionnée, mais sans adopter pour autant une position radicale. « Quand on parle de relocalisation, on parle en fait de relocalisation partielle de certains segments industriels, plutôt qu’une relocalisation générale », nous confie une source, citant en premier lieu la santé.
Pour certaines délégations nationales, une relocalisation de la production de grande envergure pourrait aller contre les objectifs climatiques de l’Union européenne, étant donné que la mondialisation permet d’externaliser l’impact climatique de certaines productions à l’extérieur des frontières européennes, nous explique-t-on.
Il s’agirait en fait plutôt d’être en « capacité de mobiliser » certaines chaînes de production à tout moment sans être en situation de rupture, comme ce fut le cas pour les masques ou certains équipements de protection médicaux. Dans tous les cas, il y aurait eu des prises de parole pour mettre en garde contre toute velléité de relocaliser au sein même du marché intérieur, nous indique une autre source.
L’idée serait de plutôt travailler sur un système de tampons, avec la mise en place de stocks de certains produits stratégiques. Constituer un stock européen ne serait pas encore à l’ordre du jour, « mais l’idée progresse », nous dit une source, notamment pour les terres rares et métaux précieux, nécessaires pour les batteries.
Pas de réouverture du paquet de mars
Interrogé par EUROPE, le commissaire Breton a clairement dit qu’il était hors de question de rouvrir le paquet de mars (EUROPE 12444/5) comprenant notamment la stratégie industrielle. Au contraire, selon lui, la crise du Covid-19 a montré la nécessité « d’accélérer » sa mise en œuvre.
Pour autant, certaines délégations, notamment hongroise et polonaise, auraient mentionné la possibilité de rouvrir ce paquet pour apporter quelques aménagements afin d'éviter de peser encore plus sur leurs industries, frappées par le ralentissement économique dû au Covid-19.
Présentation des écosystèmes
Les ministres auraient convergé aussi pour que le Conseil ‘Compétitivité’ se voie attribuer un rôle de suivi et de coordination sur la question des écosystèmes, concept horizontal introduit dans la stratégie industrielle par le commissaire Breton.
À ce titre, la Commission a finalisé son analyse. Le commissaire a présenté 14 écosystèmes qui comprennent le numérique, l’électronique, les industries culturelles et créatives, le tourisme, la mobilité automobile, l’aérospatial et la défense, la construction, l’agroalimentaire, les industries intensives en énergie, le textile, la santé, les énergies renouvelables, le commerce de détail et l’économie sociale et de proximité. Les services financiers et les secteurs publics sont toutefois exclus.
Pour consulter le graphique sur les écosystèmes présenté aux ministres : https://bit.ly/3cKgVAI (Pascal Hansens)