À refaire, nous aurions pu diminuer la courbe, mais nous n’aurions pas été capables d’empêcher la propagation du Covid-19. Ce constat est celui dressé, lundi 4 mai, par Andrea Ammon devant les députés de la commission de la santé publique du Parlement européen.
La directrice du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) a aussi répondu aux critiques émises par certains députés à l’égard de son agence, notamment à propos d’une réaction trop tardive et d’une position ambiguë sur la question des masques.
Nous aurions seulement pu réduire la courbe
Jusqu’ici, la Commission européenne et, par extension, l’ECDC, ont été plutôt frileux à s’autoévaluer. La semaine passée, la commissaire Stella Kyriakides avait expliqué aux mêmes eurodéputés que l’urgence était la gestion de la crise et que l’évaluation de la réponse européenne viendrait « dans un second temps » (EUROPE 12471/3).
La directrice de l’ECDC, elle, a osé certaines remises en question. Selon elle, toutefois, il aurait été très difficile d’empêcher la propagation du virus en raison de ses caractéristiques, en particulier la rapidité avec lequel il se répand et le fait qu’une personne asymptomatique peut le transmettre.
La directrice générale a indiqué que son agence avait été informée des premiers cas de Covid-19 fin 2019, après quoi l’agence avait tenu un premier briefing d’évaluation le 9 janvier et publié une première évaluation des risques le 17 janvier. Aujourd’hui, l’agence en est à sa neuvième mise à jour, a précisé Mme Ammon.
À l'heure actuelle, la Bulgarie est le seul pays à connaître encore une augmentation du nombre de cas, tandis que la Pologne, la Roumanie, la Suède et le Royaume-Uni n'ont enregistré aucune décrue ces deux dernières semaines. « Tous les autres États membres ont connu une diminution du nombre de cas », a-t-elle indiqué.
Les doutes des eurodéputés.
Attaquée sur sa position ambiguë sur la question des masques par la députée Frédérique Ries (Renew Europe, belge), Andrea Ammon a rappelé qu’il n’y avait pas beaucoup d’études prouvant la valeur ajoutée des masques en tissu. Elle a rappelé qu’il y avait deux catégories de masques : d’un côté, les FFP2 et FFP3, utilisés dans les hôpitaux, qui peuvent protéger des infections, et, de l’autre, les masques chirurgicaux ou en tissu utilisés pour la communauté, qui protègent les autres de l’infection, « mais pas le porteur du masque », qui aura d’ailleurs plus tendance à toucher son visage, et donc, à se mettre en danger, avec un masque. « Et c’est ce qu’on a dit dans nos orientations », a-t-elle indiqué, soulignant que le masque ne devait pas être vu comme la solution unique (EUROPE 12457/7). « Ce doit être un outil complémentaire, qui s’ajoute à la distance sociale, au lavage des mains, etc... Cela peut contribuer à la lutte, mais ce n’est pas la seule mesure ».
Enfin, la directrice générale a déconseillé de ranger les pays dans des catégories à l’approche des vacances, comme certains diplomates l’auraient évoqué devant Frédérique Ries. Cette hiérarchisation entre pays « très à risque, à risque ou sûr » n’est pas fiable, a indiqué Mme Ammon. Et de justifier cela par « la faible confiance que nous avons dans le fait que les données collectées concernant les décès sont complètes ou non ». Selon elle, il vaut mieux parler de groupe à risque (les personnes âgées).
Les besoins de l’ECDC
Interrogée sur les besoins du centre européen, Mme Ammon a appelé à améliorer le système de surveillance en cas de crise. « La surveillance dépend en grande partie des informations fournies par les experts de la santé. Mais en ce moment, ils sont trop occupés pour faire rapport. À mon avis, une des actions qu’il faudra poursuivre après la crise est de numériser ce système de surveillance », a-t-elle déclaré, affirmant qu’il faudrait pour cela que les systèmes nationaux suivent cette tendance et que cela coûterait de l’argent. (Sophie Petitjean)