Le président de la commission du commerce international du Parlement européen, Bernd Lange, a posé les jalons du débat antimondialisation postérieur à la crise en publiant, mardi 28 avril, un document sur l'impact de la pandémie de Covid-19 sur le commerce.
« Il semble clair que les conséquences de la pandémie de coronavirus entraîneront un changement à plus long terme du rôle de l'État, du rôle de l'UE dans la mondialisation », a-t-il estimé.
Cette réflexion s’inscrit aussi en amont du processus de révision de la politique commerciale de l'UE, que le commissaire compétent, Phil Hogan, s’est engagé à avancer à 2020 (EUROPE 12471/7).
Dans son document, M. Lange appelle à une politique commerciale toujours ouverte et respectueuse des règles multilatérales, mais plus transparente, plus stable, plus durable et proche des citoyens.
L’analyse du social-démocrate allemand insiste surtout sur la nécessité de rééquilibrer les chaînes de valeurs, qu’il veut rendre plus robustes et équitables. Les risques de rupture de ces chaînes se sont accrus parce que les compagnies ont réduit le nombre de leurs fournisseurs, souligne-t-il. Il appelle donc les entreprises européennes à renforcer leur diligence raisonnable ('due diligence'), en s'assurant notamment du respect des droits du travail et de l’environnement tout au long de la chaîne d'approvisionnement.
Pour s’assurer que le tir soit corrigé, M. Lange suggère l’élaboration d’une « loi contraignante sur la chaîne d'approvisionnement, qui garantisse la durabilité et la résistance aux crises du processus de création de valeur ». Alternativement, des exigences de diversification de leurs chaînes pourraient être imposées aux entreprises, avance-t-il.
Au centre de toute nouvelle mesure commerciale, il s'agit aussi de respecter des principes clefs, tel le maintien d'un système multilatéral actif, la prise en compte des intérêts des pays en développement et de ne perdre de vue ni la crise climatique ni l’intérêt général.
L'eurodéputé encourage aussi à une réforme durable de la législation sur les aides d'État, une expansion de la promotion des exportations et l’utilisation des marchés publics pour acquérir des produits équitables.
Bernd Lange, tout comme Phil Hogan, n’est pas favorable à un rapatriement des chaînes de production vers l’Union, estimées trop coûteuses.
Mais son appel ne va pas pour autant dans la même direction que les pistes ouvertes récemment par le commissaire qui prône plutôt une optimisation des accords de libre-échange passés par l'UE avec ses partenaires commerciaux. (Hermine Donceel)