Un groupe de scientifiques et d'experts européens en technologie a annoncé, mercredi 1er avril, avoir développé un code permettant de créer une application de suivi des personnes contaminées par le nouveau coronavirus. Ce code, a-t-il affirmé, est respectueux de la vie privée.
Ce travail est le fruit d'une collaboration entre 130 chercheurs issus de huit pays : Autriche, Belgique, Danemark, France, Allemagne, Italie, Suisse et Espagne.
La plateforme, dénommée Pan-European Privacy Preserving Proximity Tracing (PEPP-PT), est financée sous forme de dons, note le journal Politico. Selon Hans-Christian Boos, fondateur de la société d'automatisation commerciale Arago et membre d'un conseil consultatif numérique du gouvernement allemand, elle reste ouverte à de nouveaux pays, y compris à l'extérieur du continent.
« La plateforme PEPP-PT intègre un outil de traçage numérique anonyme de proximité qui préserve la confidentialité, qui est totalement conforme au règlement RGPD [sur la protection des données] et qui peut également être utilisé lorsqu'on se déplace entre différents pays », a-t-il également expliqué à l'agence Reuters.
Le code doit effectivement permettre d'analyser les signaux Bluetooth émis par les téléphones portables afin de procéder à du « contact tracing », une méthode qui consiste à retracer l'historique d'un patient malade du Covid-19 et à identifier tous les contacts qu'il a pu avoir dans un pays et ailleurs.
Dans le cas où un individu viendrait à être testé positif, l'application préviendrait toutes les personnes avec lesquelles celui-ci a été en contact durant les jours précédents.
En matière de confidentialité, le téléchargement de l'application sera volontaire et le code rendrait pratiquement impossible de révéler l'identité des personnes utilisant les appareils. En effet, selon ses concepteurs, deux téléphones n'échangeront jamais directement de données et les alias des utilisateurs seront fréquemment modifiés.
L'eurodéputé du Parti pirate Patrick Breyer (Verts/ALE, allemand) n'a pas caché son inquiétude à l'annonce d'un tel dispositif. Selon lui, même si les règles de confidentialité sont respectées, une application de traçage risque de semer la panique parmi les personnes identifiées comme étant « à proximité », lesquelles ne pourront pas nécessairement toutes être testées. Elle risque aussi d'induire l'utilisateur en erreur, en lui faisant croire qu'il est « protégé ». Enfin, l'eurodéputé s'interroge sur le caractère volontaire du nouveau dispositif, au vu de la tournure que prennent certaines démocraties et des politiques de surveillance qui tendent à s'imposer. (Sophie Petitjean)