Le commissaire européen au Marché intérieur, Thierry Breton, a assuré, mardi 28 janvier, qu’il était le commissaire de toutes les industries et, naturellement, des traditionnelles aussi, devant les eurodéputés de la commission ‘Industrie, Recherche et Énergie’ (ITRE), dont beaucoup commençaient à s’inquiéter de son tropisme pour le secteur numérique.
Le commissaire a en effet tenu un discours introductif très orienté sur le numérique et les nouvelles technologies, consacrant une grande partie de son intervention aux enjeux de la souveraineté européenne sur ses données, au développement d’une intelligence artificielle « made in Europe » ou encore au changement de paradigme induit par la 5G (voir autre nouvelle). Avant d’expédier en quelques minutes, par manque de temps, les enjeux industriels de la défense et de l’espace.
Plusieurs eurodéputés, à l’instar de Zdzisław Krasnodębski (CRE, polonais) ou de Jens Geier (S&D, allemand), se sont ainsi étonnés de l’absence des industries dites traditionnelles (comme dans le secteur de l’acier) dans l’intervention du commissaire. « Il ne faut pas de malentendus : mon portefeuille est large. Quand je parle de l’industrie, je parle de tous les secteurs industriels ! », a rétorqué le commissaire. Son rôle sera de mettre tout son poids dans la balance pour faire en sorte que l’industrie traditionnelle « demeure et se développe », a-t-il répété, mentionnant la stratégie industrielle, la nécessité d’assurer une concurrence équitable avec d’autres États - semblant cibler les États-Unis et la Chine - et le mécanisme d'inclusion carbone aux frontières de l’UE.
Mieux connaître les gisements européens
Parlant des industries traditionnelles, le commissaire a insisté sur l’importance de s’intéresser aux gisements que contiendraient les sols du continent européen afin d’accéder à des matériaux critiques, dont la liste devra être mise à jour, a-t-il précisé. « Je veux aussi que, dans l’évaluation des risques géopolitiques liés à l’approvisionnement nécessaire, on regarde ce qui est disponible en Europe », a-t-il poursuivi, citant les services du programme européen d’observation terrestre Copernicus pour « mieux connaître notre sous-sol européen, qui est encore très mal connu ».
Pas de Buy European Act ?
Interrogé par Christophe Grudler (Renew Europe, français) sur la nécessité d'adopter un 'Buy European Act' (en référence au Buy American Act), très actif sur la question de la préférence européenne (EUROPE 12411/6), le commissaire a semblé être très prudent sur la question. « Ça existe déjà, il y a des mécanismes... Est-ce qu’il faut pour autant afficher tout ça ? Je ne suis pas sûr que ce ne sera pas pire que mieux », a-t-il répondu, semblant ainsi valider l'approche selon laquelle « il ne faut pas le dire, mais il faut le faire », selon les mots d'une source parlementaire.
Les PME
Certes, la stratégie pour les PME n’a pas été au cœur des échanges, mais les enjeux auxquels sont confrontées les PME ont été rappelés par plusieurs eurodéputés. Là aussi, le commissaire a assuré qu’il s’attachera à les intégrer complètement dans sa matrice, en se concentrant sur les obstacles dans le marché intérieur, les difficultés d'accès au financement et la nécessité de réduire les temps de paiement.
Le calendrier du commissaire Breton s’annonce chargé et sera dans un premier temps tout entier centré sur le numérique : le 29 janvier, le Collège des commissaires adoptera une communication sur la 5G, puis, le 19 février, viendra une proposition pour développer une intelligence artificielle européenne.
Le 4 mars marquera le coup d’envoi d’une nouvelle phase, très dense également, avec la présentation simultanée d’une stratégie industrielle, d’une stratégie pour les PME, d’un rapporteur sur les obstacles au sein du marché unique et d’un plan d’action pour renforcer la mise en œuvre des règles européennes pour le marché unique. (Pascal Hansens)