À quelques jours de la présentation par la Commission européenne, le 5 février, d'une nouvelle méthodologie pour le processus d'adhésion à l'UE, le vice-premier ministre de Macédoine du Nord pour les Affaires européennes, Bujar Osmani, était à Bruxelles, mardi 28 janvier, afin de rappeler l'importance d'ouvrir, en mars, les négociations d'adhésion de son pays à l'UE, après des années d'attente et de faux espoirs et à quelques semaines des élections législatives dans son pays. (Propos recueillis par Camille-Cerise Gessant)
Agence Europe : Après juin 2018, juin et octobre 2019, pensez-vous que le mois de mars pourrait être le bon moment pour avoir le feu vert pour l'ouverture des négociations d'adhésion ?
Bujar Osmani : Pas seulement le bon moment, mais le moment logique. Après le choc du fiasco d'octobre, ce qui s'est passé de bien, c'est que nous avons vu une vague de solidarité sans précédent de la part de toute la communauté européenne, qui a mis en position de malaise les pays qui hésitent à envoyer les bons messages à la région et, en particulier, à la Macédoine du Nord et l'Albanie.
C'est maintenant le seul moment logique, puisque, si cela se produit en mars, ce sera au cours du mandat (du gouvernement, NDLR) où tous les compromis politiques difficiles ont été faits. Ce serait donc une conséquence logique de cette façon de penser.
L'UE est une affaire de réconciliation, de création d'un partenariat avec les voisins, de compromis, d'acceptation de la diversité. Et c'est exactement ce que nous avons fait dans le cadre de ce mandat en tant que pays.
Nous avons signé les accords de Prespa et avec la Bulgarie, et nous avons fait la loi linguistique dans le pays. Ce sont toutes des conditions préalables pour être un pays européen moderne et, après avoir atteint les objectifs de réforme fixés par l'UE, la seule issue logique de ce processus devrait être le lancement des négociations d'adhésion en mars.
Vous avez des élections parlementaires en avril. Pensez-vous que la (non) décision pourrait avoir un impact sur celles-ci ?
Ne pas avoir de décision serait la plus grande interférence possible dans les élections, puisque, pendant ce mandat, nous avons pris un risque politique et nous avons fondé notre décision sur cette promesse de l'UE.
Nous avons dit à nos concitoyens, dans la question du référendum, que nous avions un accord avec l'UE : si nous tenons notre promesse, l'UE tiendra la sienne. Si l'UE ne le fait pas pendant ce mandat, cela constituera la plus grande ingérence dans les élections et aura un impact énorme.
Parlez-vous avec des pays qui ne sont pas vraiment désireux d'ouvrir les négociations ? Avez-vous en particulier des contacts avec la France ?
Oui, nous communiquons. Je m'y rendrai en visite au début du mois de février.
C'est une bonne chose que la France ait immédiatement sorti le document informel qui a relancé le processus et que le débat se poursuive à présent sur l'adoption de cette nouvelle méthodologie. Il est important que, dans son document officieux, la France s'engage à faire de l'élargissement la seule alternative pour les Balkans occidentaux.
Ce processus n'est pas un élargissement, mais, en fait, l'achèvement de l’UE. J'espère que le 5 février, lorsque la Commission annoncera le lancement de la méthodologie, les choses se passeront bien. Nous pourrons ainsi avoir l'occasion de mener un débat de fond sur le Conseil de mars et de prendre une décision.
Qu'attendez-vous de la nouvelle méthodologie ? Pensez-vous qu'il était important de la changer ?
Si les États membres pensent que c'est important pour eux, bien sûr, nous devons l'accepter. Nous considérons ce processus d'adhésion davantage comme un ajustement mutuel, l'UE s'adapte pour nous accepter et nous nous ajustons pour être acceptés par l'UE.
Il est important que le commissaire nous ait dit que cette méthodologie comportera certains principes. L'un d'eux est la crédibilité. C'est très important, car, après le sommet d'octobre, la crédibilité de l'UE a été ébranlée dans la région et nous devons travailler pour la restaurer, ce qui est vital pour la perspective de la région.
Le deuxième principe est le pilotage politique du processus. Ainsi, les négociations d'adhésion seront moins bureaucratiques, administratives et plus politiques grâce à l'engagement politique des pays candidats dans le processus.
Et nous avons été très heureux d'entendre que le dynamisme fait partie de cette nouvelle méthodologie proposée, car la crainte, dans nos pays, était de voir qu'une nouvelle méthodologie aurait allongé le processus à l'infini.
Craignez-vous que cette nouvelle méthodologie puisse également retarder la décision d'ouverture des négociations ?
Je pense que la majorité des États membres ont estimé que les processus ne devraient pas s'exclure mutuellement. Ils devraient soit aller de pair, soit être des processus séparés.
Nous comprenons que l'UE change, que la sensibilité des gens à l'égard de l'élargissement évolue et nous voulons être sensibles à cette perception des citoyens de l'UE.
Mais ce n'est pas la même chose que la décision soit prise en mars ou en juin. Si c'est en mars, cela fera partie du récit qui enverra à la région le message positif selon lequel, si vous vous comportez de manière européenne, vous serez récompensés. Si c'est en juin, il s'agira seulement d'un processus bureaucratique d'évaluation pour savoir si vous avez rempli les conditions ou non.
Lorsque le commissaire Várhelyi était à Skopje (EUROPE 12405/19), il a espéré une décision du Parlement sur la réforme du parquet avant les élections d'avril. Est-ce réaliste ?
La Commission avait une recommandation claire pour commencer les négociations d'adhésion, disant que nous avions rempli tous les critères et le Conseil n'en a pas ajouté de nouveaux. La nouvelle loi sur le parquet est plutôt une attente non écrite de la part de certains États membres.
Nous essayons maintenant de travailler au sein de notre Parlement. Si c'est la clé qui ouvrira la porte aux négociations d'adhésion, l'opposition devrait l'utiliser, puisqu'elle partagera elle aussi la propriété de la clé qui ouvrira ces négociations.
L'aspiration à l'adhésion est l'engagement global de tous les partis politiques de l'ensemble de l'éventail politique du pays.
Qu'attendons-nous du sommet de Zagreb en mai ?
Le sommet de Zagreb a une signification à la fois symbolique et substantielle. La symbolique est qu'il se déroule 20 ans après le sommet de Zagreb de 2000, lorsque nous avons commencé ce parcours en tant que pays. Et nous espérons passer à la phase suivante juste avant ce sommet. Il témoignera de l'engagement continu des États membres de l'UE envers les Balkans après le sommet de Sofia.
Si le plan Marshall pour le renouveau économique de la région était lancé lors de ce sommet de Zagreb, cela signifierait que l'UE s'attaque à la plus importante lacune de notre développement. Il s'agit d'essayer d'accélérer la convergence économique entre la région et l'Union européenne.
La semaine dernière, à Skopje, le président du Conseil européen, Charles Michel, a demandé un renforcement de la coopération régionale. Pourquoi est-il si compliqué d'avoir cette coopération qui pourrait aussi aider au développement économique ?
Nous progressons beaucoup en termes de coopération régionale. N'oubliez pas qu'il y a 20 ans, cette région était divisée entre les fronts de guerre et qu'il y avait un manque total de communication entre les dirigeants politiques et la population.
Maintenant, c'est complètement différent. Il existe des dizaines d'initiatives régionales et les dirigeants se réunissent, je dirais même tous les mois, pour discuter de la manière de libérer de l'obstruction bureaucratique le commerce et la circulation des biens et des personnes dans toute la région.
Nous avons le processus de Berlin, nous avons la zone économique régionale et cette nouvelle mini-initiative de Schengen qui est encore en phase d'essai.
La région coopère donc, mais elle ne peut y parvenir seule. C'est pourquoi nous avons besoin d'une coopération étroite au sein de l'UE. C'est une région qui appartient géographiquement, historiquement et culturellement à l'Europe et elle doit faire partie de l'Union européenne. Elle n'est que la pièce manquante du puzzle d'une sécurité et d'un développement économique européens.
Pensez-vous que la Macédoine du Nord sera bientôt membre de l'OTAN ?
Nous sommes membres de facto de l'OTAN. Nous attendons que le Parlement espagnol finalise la ratification. Nous attendons les procédures techniques de formation de la commission des affaires étrangères pour qu'elle puisse procéder à la ratification. Nous sommes sûrs que, dans quelques semaines, nous serons le 30e membre à part entière de l'OTAN et nous espérons que cela se produira avant les élections prévues en avril.