Après trois années de grande intensité dramatique, le jour du Brexit devrait être assez ordinaire. Et les changements qui surviendront après le 31 janvier seront subtils, quoique déterminants, pour l’avenir des relations entre l’UE et le Royaume-Uni.
Vendredi matin, le président du Conseil européen, Charles Michel, et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, ont signé l’accord de retrait conclu entre l’UE et le Royaume-Uni, de manière rapide et contenue. Les photos de l’événement publiées dans la presse montrent les deux dirigeants affichant un sourire forcé, accompagnés d’un très sérieux Michel Barnier, le négociateur en chef de l’UE pour le Brexit. Les journalistes n’étaient pas invités à assister à ce « moment extrêmement bref », comme l’a décrit Eric Mamer, porte-parole de la Commission, et n’ont pas été autorisés à le filmer.
Cette signature a marqué la fin symbolique d’une difficile union politique et économique qui aura duré près d’un demi-siècle et qui mènera lentement à certains changements au cours des prochaines années.
Charles Michel a fait part de son impatience à entamer ce qu’il a qualifié de « nouveau chapitre » dans les relations UE-Royaume-Uni. « Les choses vont inévitablement changer, mais notre amitié perdurera », a-t-il publié sur Twitter. « Nous entamons un nouveau chapitre en tant que partenaires et alliés ».
Mercredi prochain, le Parlement européen ratifiera l’accord de retrait, ce qu’a déjà fait la commission des affaires constitutionnelles, jeudi (EUROPE 12410/6).
Certains changements seront déjà bien visibles à dater du 1er février : 73 députés européens britanniques et les membres de leur personnel quitteront le Parlement (même s’ils garderont leur immunité parlementaire jusqu’à la fin de la période de transition, en décembre). Le drapeau de l’Union Jack ne flottera plus à l’extérieur des institutions de l’UE. Les ministres, responsables et experts britanniques n’assisteront plus aux réunions de l’UE ; ils peuvent toutefois être consultés sur des projets de loi de l’UE qui les affectent, ou invités à titre « exceptionnel » et si « nécessaire » (conformément à l’accord de retrait), mais ils n’auront aucun droit de vote. Aucun membre du personnel militaire britannique ne sera autorisé à participer aux missions de l’UE au titre de la « coopération structurée permanente » (CSP) prévue dans le traité de Lisbonne.
Toutefois, le Royaume-Uni continuera d’être lié par les accords internationaux (conclus par l’intermédiaire de l’Organisation mondiale du commerce ou des Nations unies) durant la période de transition de 11 mois, mais il ne fera plus partie des équipes ou des organes de négociation de l’UE mis en place pour les négocier ou les mettre en œuvre. La Cour de justice de l’Union européenne sera compétente au Royaume-Uni jusqu’à la fin de la période de transition et durant au moins quatre ans ensuite, si le pays devait enfreindre l’une de ses obligations en vertu des traités ou de l’accord de retrait.
Mais certains députés européens ne comptent pas partir en silence. Tandis que les partisans du Brexit à Londres célébreront leur « jour de l’indépendance », les députés européens des Verts Ellie Chowns et Magid Magid organiseront des fêtes près de la Place du Luxembourg, à Bruxelles, jeudi. Un événement sera également organisé à la Grand-Place, au cœur de Bruxelles, par des Britanniques pro-européens. La Chapelle pour l’Europe, située à proximité du Parlement, proposera une messe pour le jour du Brexit afin de « rendre grâce pour les bons moments vécus au cours des cinq dernières décennies » et « prier pour celles et ceux qui travaillent au sein des gouvernements européen et britannique ou collaborent avec eux ». Le groupe S&D organisera un événement mercredi « en l’honneur du travail assidu » réalisé par les députés européens britanniques du parti travailliste lors de ces 47 dernières années.
Ensuite, la cérémonie s’achèvera et le véritable travail devra commencer.
Les Vingt-sept devront en effet rapidement établir un mandat qui permettra à la Commission de négocier les futures relations bilatérales, y compris un accord commercial, au cours des 11 prochains mois. Selon la Présidence croate du Conseil de l’UE, ce mandat pourrait être convenu avant la fin du mois de février. Un autre sommet européen pourrait même être organisé afin de le finaliser. (Version originale anglaise par Sarah Collins)