Réunis à Bruxelles lors d’un événement organisé par l’Association des Experts Comptables Agrégés (ACCA), EY et Visa, des experts ont examiné, jeudi 23 janvier, comment les nouvelles technologies comme l’intelligence artificielle (IA), l’apprentissage automatique ou encore l’automatisation des processus robotisés, peuvent transformer la lutte contre les crimes financiers, notamment le blanchiment de capitaux.
De manière générale, les intervenants ont largement reconnu le potentiel de l'IA, qui permet d’augmenter la capacité de collecte et de traitement des données, selon eux.
Selon Marja Laitinen, responsable de l'unité de lutte contre la criminalité numérique chez Microsoft, l'intelligence artificielle a clairement « changé la donne » dans la lutte contre les logiciels malveillants, par exemple.
« Dans les années à venir, l'IA sera une arme vitale de notre arsenal dans la guerre contre la criminalité économique. Mais pour que cette vision ait un impact réel, il est essentiel d'adopter une approche globale qui englobe les personnes, les processus et les technologies », a pour sa part estimé Jeanne Boillet de l’EY.
Les intervenants ont aussi reconnu l’importance du facteur humain. « Les personnes, les processus et la gouvernance restent essentiels », a déclaré Jason Piper de l'ACCA, présentant le rapport commun de l’ACCA et EY sur la criminalité économique à l’ère numérique, qui sera publié lundi 27 janvier.
« Qu'il s'agisse de vérifier à deux fois qui a réellement envoyé une instruction de paiement ou d'apprendre aux humains comment utiliser correctement l'IA, les mesures les plus importantes pour réduire au minimum les impacts de la criminalité économique sont de s'assurer que les humains faisant partie de cette chaîne connaissent les bonnes attitudes et les bonnes règles à suivre et disposent des bons outils pour contrer les progrès du comportement criminel », a-t-il expliqué.
Les discussions ont par ailleurs soulevé la nécessité de trouver le juste équilibre entre la protection de la vie privée, d’un côté, et la sécurité et la transparence, de l’autre, afin de conserver la confiance des consommateurs. Ce défi sera justement au cœur du mandat de la nouvelle Commission européenne.
Andrei Stefanuc, en charge de la politique de lutte contre le blanchiment d'argent à la DG FISMA, a mentionné trois domaines d’action qui occupent actuellement la Commission, à savoir : - examiner comment certaines règles pourraient être rendues directement applicables par le biais de règlements ; - apporter plus de centralisation dans le domaine de la surveillance ; - mieux soutenir les travaux des cellules nationales de renseignement financier, par exemple, par le biais d'une plateforme où elles pourraient mieux échanger sur les grandes affaires impliquant plusieurs États membres.
Ce faisant, il a confirmé que la Commission dévoilera en mars « sa pensée et les actions désirées », sous une forme de communication. Cela lancera le processus de consultation en vue d’alimenter les réflexions de la Commission sur des propositions concrètes l’année prochaine, a-t-il précisé.
Certains participants ont mis l’accent sur la nécessité d’améliorer la coopération, l’échange d’informations et surtout la mise en œuvre des règles. C'est notamment le cas du député européen Luděk Niedermayer (PPE, tchèque), qui a pointé les problèmes de transposition de la 5e directive 'anti-blanchiment d'argent'.
À ses yeux, même si certaines nouvelles règles seront nécessaires, notamment sur les cryptomonnaies, il faut avant tout faire respecter les règles existantes. (Marion Fontana)