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Bulletin Quotidien Europe N° 12395
REPÈRES / RepÈres

Confidentiel : Réussir 2020 - note de réflexion pour les gouvernements de l’Union

Les éléments de langage présentés dans ce qui tient du ‘billet d’humeur’ sont destinés à éclairer notre action à l’aube d’une année nouvelle et peuvent aussi servir de ‘defensive points’ dans certaines situations. Tout ce qui suit peut faire consensus entre nous.

Ah, ces bouts de phrases qui agacent ! ‘Des réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait’ : c’est le Père Schuman qui l’a prononcé le 9 mai 1950, au Salon de l’Horloge, et qui a réussi à le recaser dans le préambule du traité de Paris. Solidarité ! Le mot, ringard, relève du lexique syndical. Et pas une solidarité théorique, verbale, non, une solidarité pratique, concrète entre tous les Européens : il rêvait en couleurs, le brave Schuman. Or, voici que le 9 mai 2020 approche, il faut se tenir prêts pour les 70 ans de l’appel à la solidarité, quelques idéalistes ou dévots ne manqueront pas de nous le resservir. La solidarité des peuples, c’est comme une foi : cela fait belle lurette que nous, les réalistes, les gestionnaires, l’avons perdue. Et nous le prouvons !

Et l’autre, l’étrange Monsieur Monnet, inaugurant ses Mémoires par cette phrase prétentieuse : ‘Nous ne coalisons pas des États, nous unissons des hommes’ (sans distinction de genre), reprise d’un discours prononcé à Washington en 1952. Quelle stupide offense faite aux États ! Comme si les États, qui, par nature, unissent des hommes, ne les unissaient pas davantage à l’occasion de leurs coalitions ! Et pour les coalitions, nous savons y faire ! Le nombre et la variété de nos coalitions sont d’excellents indicateurs de l’unité des citoyennes et citoyens en Europe. D’ailleurs, sans États, pas de construction européenne : nous l’avons bien prouvé par nos traités successifs.

À propos de nos traités – et là, nous sommes dans le dur – il serait temps d’en finir avec certaines naïvetés récurrentes. De Rome (1957) à Lisbonne (2007), la rengaine demeure : ‘une union sans cesse plus étroite entre les peuples européens’. Les signataires se déclarent tantôt ‘déterminés’, tantôt ‘résolus’ à l’établir, à la poursuivre. Comment avons-nous pu nous laisser aller de la sorte ? Le gouvernement du Royaume-Uni, au moins, voyait clair : il demanda la suppression de cette promesse fallacieuse. Et ses citoyens très éclairés ont brisé le mythe, pour des lendemains qui chanteront vraiment (EUROPE 11580/1). Nous, les réalistes, les gestionnaires, qui restons sur le pont pour tenir le gouvernail, devons retenir la leçon et écouter le message : les peuples ont leurs identités propres qu’il est vain de vouloir unir et, a fortiori, de manière toujours plus étroite. Halte au mélange, au brassage, au métissage ! OK pour les échanges, mais chacun chez soi, dans sa culture et sa lecture de l’État de droit. Et là, au moins, les rédacteurs et les signataires nous ont aidés : l’article 7 TUE est inapplicable.

Nous abordons l’année 2020 avec confiance. Après avoir défendu nos intérêts respectifs, calculette en main du matin au soir (et la nuit, au besoin), nous finirons par nous entendre ‘a minima’ sur le nouveau Cadre financier pluriannuel qui, pendant sept ans et quoiqu’il arrive dans le monde ou chez nous, maintiendra dans des limites très strictes les budgets annuels de l’Union (car enfin, il s’agit de notre argent !) afin d’éviter trop de nouvelles ‘réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait’, ainsi que l’engrenage terrifiant d’une dynamique vers une fédération (EUROPE 12393/4).

Nous renforcerons les frontières extérieures de l’Union, surtout sur le flanc sud, afin de protéger le mode de vie européen, dont la Commission fera la promotion.

Nous continuerons à pratiquer ce que nous faisons le mieux : la gestion réactive, en limitant les grands objectifs prospectifs à l’action climatique. Nous veillerons à contenir dans un cadre précis la Conférence sur l’avenir de l’Union - que certains voudraient commencer le 9 mai : où allons-nous ? - afin que l’expression citoyenne ne mette pas nos institutions en difficulté et que soit impossible le calamiteux précédent d’une forme de démocratie directe (EUROPE 12394/12). Entre nous, nous n’aurons pas de débat et en direction des médias, pas de formulations publiques sur ce que devrait devenir l’Union d’ici une dizaine d’années, le ‘Green Deal’ étant tout à fait suffisant pour répondre aux besoins actuels de vision du futur (EUROPE 12388/1). Inutile de multiplier les facteurs anxiogènes.

Comme nous aimons les stratégies, nous effectuerons le bilan de la Stratégie UE-2020, adoptée par la Commission Barroso II selon une méthode ‘top-down’ mémorable, et qui contenait des objectifs chiffrés. Contrairement aux exercices rhétoriques évoqués plus hauts, les chiffres ne mentent pas. Nous pourrons, par exemple, vérifier qu’au moins 20 millions de personnes auront été sorties de la pauvreté et de l’exclusion sociale durant la décennie.

Notre action dans le monde demeurera essentiellement fondée sur le commerce, les fonds et la diplomatie déclamatoire. Une attention spéciale sera consacrée à la politique de voisinage, au sein de laquelle la négociation d’un nouvel accord avec le Royaume-Uni s’annonce particulièrement excitante. À cette occasion, nous démontrerons à nos peuples que la seule ‘union de plus en plus étroite’ qui soit totalement effective est celle de nos États coalisés dans la défense de leurs intérêts commerciaux.

Renaud Denuit

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