Le Premier ministre portugais, António Costa, a fortement critiqué la future capacité budgétaire pour la zone euro telle qu'elle a été élaborée par l'Eurogroupe, vendredi 13 décembre, lors du sommet de la zone euro.
Un instrument budgétaire de convergence dont les premiers pays bénéficiaires seront les cinq plus grandes économies de l'Eurozone n'est pas un instrument de convergence et doit être retravaillé, a estimé M. Costa.
Cette position du Portugal tranche avec le compte-rendu des travaux sur la capacité budgétaire de la zone euro menés à l'Eurogroupe que son président et actuel ministre portugais des Finances, Mário Centeno, a fait aux dirigeants de l'UE (EUROPE 12346/2).
D'après plusieurs observateurs, cette sortie inattendue est une façon pour les autorités portugaises de lier la réforme de la zone euro aux négociations sur le cadre financier pluriannuel (CFP) 2021-2027. Le Portugal est très mécontent des coupes dans le budget de la politique de cohésion post-2020 prônées par la Présidence finlandaise du Conseil de l'UE (EUROPE 12389/2, 12387/1).
« Il veut plus d'argent pour la cohésion », a indiqué une source européenne.
D'autres États membres, notamment méditerranéens, sont d'accord avec le Portugal, mais pas forcément pour les mêmes raisons.
« L'Italie n'est pas satisfaite », a déclaré le Premier ministre italien, Giuseppe Conte. Son gouvernement regrette surtout le fait que le budget de la zone euro, qui sera opérationnel début 2021, ait été conçu pour favoriser la compétitivité et la convergence des pays de la zone euro, sans que soit prévue une fonction de stabilisation en cas de choc macroéconomique.
La France est sur la même ligne. « Nous faisons des progrès » sur l'approfondissement de l'Union économique et monétaire (UEM) avec la mise en place d'un Mécanisme européen de stabilité (MES) renforcé et « un premier budget pour la zone euro qui était impossible il y a encore quelques mois », a déclaré le président français.
Et Emmanuel Macron d'ajouter : « Il faut, soit que nous décidions dans les prochains mois que ce budget a une taille suffisante au sein de nos perspectives financières, soit qu'on l'autorise à avoir des ressources externes, mais on ne peut en rester à la situation qui est aujourd'hui agréée ».
En octobre, l'Eurogroupe avait agréé la clé de répartition du futur budget de la zone euro, qui serait doté d'environ 17 milliards d'euros provenant du CFP 2012-2027, ainsi que les modalités des cofinancements nationaux mobilisés en parallèle de l'aide financière européenne. Mais les pays du Nord s'étaient opposés à la volonté de pays comme la France d'élaborer un accord intergouvernemental qui permettrait de mobiliser davantage de moyens nationaux pour accroître la taille de la capacité budgétaire pour l'Eurozone.
Dans les conclusions qu'ils ont adoptées vendredi, les dirigeants européens invitent l'Eurogroupe à apporter « rapidement » sa contribution au sujet du financement du budget de la zone euro, afin que celui-ci soit finalisé « dans le cadre du prochain CFP ».
Sur l'approfondissement de l'UEM en général, le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, a exprimé « la frustration » de l'Espagne concernant la lenteur des travaux visant à réformer le fonds de sauvetage permanent de la zone euro, à parachever l'union bancaire et à mettre sur pied le budget pour la zone euro.
« Nous voulons renforcer l'UEM en temps de croissance », car cela est plus facile qu'en temps de crise, a-t-il estimé.
Soumis à une forte pression sur le plan interne, M. Conte a considéré que la position de l'Italie sur la réforme du MES a été entendue, puisque les conclusions du sommet de la zone euro demandent aux ministres des Finances de « poursuivre les travaux ». Après un long débat, les autres États membres ont partagé notre position, s'est réjoui le Premier ministre italien. Et de considérer les trois volets de la réforme comme « un paquet » de mesures devant faire l'objet d'un accord global.
M. Macron a aussi prôné des débats plus stratégiques des dirigeants de l'UE sur la zone euro. « Nous sommes la puissance économique qui investit le moins sur ces grandes priorités, qui utilise le moins l'environnement de taux bas, quand je nous compare aux États-Unis ou à la Chine », a-t-il considéré, déplorant que l'épargne européenne serve pour beaucoup à financer l'investissement aux États-Unis.
Voir la déclaration adoptée par le sommet de la zone euro : http://bit.ly/38AJhMg (Mathieu Bion et la rédaction)