C’est une « victoire nette ». À l’image du président du Conseil européen, Charles Michel, les Vingt-sept ont félicité Boris Johnson pour sa victoire aux élections législatives du 12 décembre, une victoire qui a permis aux Tories de remporter 368 sièges, les travaillistes étant loin derrière avec 191 sièges.
Cette victoire, aux allures de triomphe personnel pour le Premier ministre britannique, permet maintenant aux Vingt-sept de se projeter vers l’étape suivante, eux qui ont dû prolonger deux fois la période de l’article 50 du Traité (EUROPE 12233/1).
Avec cette victoire, il est en effet quasiment certain que le Brexit aura lieu d’ici au 31 janvier 2020. Les Vingt-sept pourront donc entamer, dès le 1er février, la négociation de leur futur partenariat stratégique, commercial, sécuritaire et géopolitique.
« Finalement, nous avons de la clarté et pouvons avancer », a ainsi réagi le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte. « Le temps de la clarté est enfin venu », a dit en écho le président français, Emmanuel Macron, qui a toutefois noté que « le plus dur » est à venir, entre la mise en œuvre de l’accord de retrait du Royaume-Uni trouvé le 17 octobre (EUROPE 12351/2) et la préparation de la future relation.
À cet effet, vendredi, les Vingt-sept ont adopté des conclusions qui rappellent leurs principes clefs. Le Conseil européen y souligne son désir de nouer avec le Royaume-Uni la relation « la plus proche possible ». Elle devra être basée sur un « équilibre de droits et d’obligations » et sur le « level playing field » ou concurrence loyale.
À cet effet, la Commission est invitée à rapidement mettre au point un mandat de négociation à présenter immédiatement après le retrait effectif du pays, que le Conseil 'Affaires générales' sera chargé d'adopter.
Les Vingt-sept se félicitent encore de la nomination de Michel Barnier comme chef des futures négociations. Il devra parvenir à des résultats « justes et équitables pour tous les États membres et dans l’intérêt de nos citoyens ».
Un calendrier serré
Cette relation future devra en tout cas être bâtie en 11 mois, dans l’hypothèse où le Royaume-Uni ne demanderait pas de prolongation de la période de transition, qui court seulement jusqu’au 31 décembre 2020.
Selon la chancelière allemande, Angela Merkel, ce travail sera « complexe » étant donné l’étendue du chantier. C’est en juillet que les Vingt-sept verront s’il faut prolonger la période de transition pour réaliser cet accord sur la future relation, selon elle.
Pour Mme Merkel, le départ du Royaume-Uni fait que « nous aurons un concurrent à notre porte ». Et cela peut être positif et amener l’UE à travailler « plus rapidement » et peut-être de manière plus dynamique, a-t-elle suggéré.
« Je veux dire à nos amis et alliés britanniques quelque chose de très simple : vous avez entériné le choix fait il y a trois ans, mais vous ne quittez pas l’Europe, vous restez à nos côtés et nous restons aux vôtres », a repris Emmanuel Macron.
Pour le président français, trois principes devront guider la future relation : « d’abord, le développement de la relation la plus proche possible en matière de commerce, mais aussi de sécurité et de défense ; garantir l’unité de l’UE et la définition de nos intérêts stratégiques, que nous définirons début février dans un mandat de négociation ».
Le calendrier est « extrêmement serré », a réagi, de son côté, le Premier ministre irlandais, Leo Varadkar. Il a noté la grande convergence de vue des Vingt-sept, selon laquelle la future relation ne devrait pas porter « que sur le commerce ». Il a toutefois reconnu qu’avec des intérêts divergents entre les États membres, « nous devons rester ensemble et maintenir la solidarité et l’unité ».
Pour son premier Sommet européen, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a répété que les Vingt-sept étaient « prêts » à passer à la phase suivante. Le calendrier étant très serré, « on est prêt à tirer le maximum de cette période ». Le Royaume-Uni deviendra certes un pays tiers, mais « ce n’est pas la fin, c’est le début » d’une autre phase avec un partenariat « inédit », a encore commenté la présidente.
Voir la déclaration des Vingt-sept : http://bit.ly/34luUYO (Solenn Paulic avec la rédaction)