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Bulletin Quotidien Europe N° 12369
AUDITION DES COMMISSAIRES DÉSIGNÉS AU PARLEMENT EUROPÉEN / Transports

Malgré un manque d’expertise assumé, Adina-Ioana Vălean reçoit le feu vert des eurodéputés

Bien qu’elle ait reconnu à plusieurs reprises son manque de connaissances de certains aspects du secteur des transports, la commissaire européenne désignée aux Transports, Adina-Ioana Vălean, a reçu le feu vert du Parlement européen, jeudi 14 novembre, à l’issue de son audition devant les membres de la commission des transports et du tourisme (TRAN) du Parlement européen.

À l’exception des groupes Verts/ALE et ID, tous les coordinateurs des autres groupes auraient ainsi soutenu sa candidature.  

« L’audition d’aujourd’hui a montré qu’Adina-Ioana Vălean est la bonne personne pour ce poste. Elle est proeuropéenne, engagée et remplit tous les critères d’une excellente commissaire », a déclaré l’eurodéputé roumain Marian-Jean Marinescu (PPE), membre du même groupe politique que la candidate.

Avec cette future commissaire, le groupe S&D considère, quant à lui, que la présidente élue, Ursula von der Leyen, devra maintenant faire face à l’accusation d’avoir agi de manière partiale, étant donné qu’elle appartient elle aussi au groupe PPE. Selon les sociaux-démocrates, alors que le gouvernement roumain avait proposé plusieurs candidats à Mme von der Leyen, cette dernière a néanmoins mis des semaines à désigner un candidat roumain et a spéculé sur la chute du gouvernement socialiste à Bucarest (événement qui a finalement eu lieu).

« Nous avons confiance dans la commissaire désignée […] Elle s’est montrée convaincante malgré le fait qu’elle est encore en phase d’apprentissage dans le secteur des transports. Je crois en son potentiel et j’ai hâte de travailler avec elle », a déclaré, pour sa part, José Ramón Bauzá Díaz (espagnol), au nom du groupe Renew Europe.

Les Verts/ALE, eux, ont regretté que Mme Vălean ne se soit pas engagée davantage en faveur de « propositions suffisantes sur la contribution du secteur des transports à la réduction des émissions de CO2 de l’UE de 55 % d’ici 2030 », notamment la taxation du kérosène et l’application de la TVA au secteur aérien.

 « Je prends acte de la confirmation de la commissaire Vălean, qui doit maintenant faire ses preuves, notamment sur la lutte contre le dérèglement climatique », a déclaré Karima Delli (Verts/ALE, française), présidente de la commission TRAN.

Du côté de la GUE/NGL, même si le groupe a voté en faveur de la Roumaine, de sérieuses réserves demeurent. Le groupe aurait en réalité soutenu sa candidature faute de croire en la possibilité que le gouvernement roumain puisse proposer un meilleur candidat.

Les transports comme élément central du 'Green Deal'.

En ce qui concerne le contenu de son audition, la candidate roumaine est restée globalement fidèle aux réponses écrites qu’elle avait fournies aux parlementaires (EUROPE 12368/3).

Dans son discours d’introduction, elle a ainsi souligné la nécessité de suivre une « approche intégrée » plutôt que modulaire dans la réalisation du 'Green Deal', notamment à travers une coopération étroite entre les différents commissaires.

Mme Vălean a en outre réitéré sa volonté de faire des transports un élément central du 'Green Deal' européen promu par Ursula von der Leyen, en réduisant les émissions de gaz à effet de serre provenant de ce secteur d’environ 90 % d’ici 2050, une condition pour parvenir à l’objectif européen de neutralité climatique.

« Je vais présenter d’ici la fin de l’année, si je suis élue, une stratégie sur la mobilité durable et intelligente », s’est-elle ainsi engagée.

Néanmoins, elle a également mis en avant le fait que cette décarbonisation des transports ne devra pas se faire au détriment des personnes, en particulier les plus isolées.

Dans cet objectif, elle a insisté sur l’importance de renforcer la multimodalité des transports, c’est-à-dire le fait de combiner intelligemment différents types de transports, ainsi que sur le rail, qui est « au centre de transports durables ».  

« Nous devons favoriser les investissements dans le rail et nous devons investir dans la multimodalité », a-t-elle ainsi répondu à Anna Deparnay-Grunenberg (Verts/ALE, allemande), qui la questionnait sur la manière dont elle comptait assurer un juste équilibre compétitif entre les différents modes de transport.

En outre, la commissaire désignée a déclaré qu’elle s’efforcerait d’améliorer la sécurité routière, d’encourager l’adoption de véhicules propres et le déploiement de points de recharge des véhicules électriques accessibles au public.

Concernant les investissements dans les transports, elle a assuré au député Dominique Riquet (Renew Europe, français) qu’elle défendrait le budget actuel du Mécanisme pour l’interconnexion en Europe (MIE) pour le prochain cadre financier pluriannuel. Elle a également souligné l’importance de recueillir des financements auprès d’autres sources de financement européennes telles que les fonds de cohésion, Horizon Europe ou encore InvestEU.  

Achever le ciel unique européen.

Tout comme dans ses réponses aux questions écrites, elle a exprimé son souhait d’achever le 'Ciel unique européen' (SES) afin de réduire les trajets des avions et, par conséquent, de réduire les émissions de CO2 à hauteur de 10%.

À l’instar de Ciarán Cuffe (Verts/ALE, irlandais), plusieurs eurodéputés ont critiqué cette approche.

L’eurodéputé vert a ainsi estimé que cela risquait de libérer de l’espace pour que davantage d’avions puissent circuler, ce qui se traduirait par une augmentation des émissions. Il a ensuite suggéré à la commissaire désignée qu’il serait peut-être plus judicieux de chercher à diminuer le nombre de vols en faveur de modes de transport plus durables, une idée que ne partage pas Mme Vălean.

« J’encourage la compétitivité de nos industries et la circulation des biens et des personnes. Je ne pourrais pas aller dans le sens de dire que nous avons besoin de moins de vols, mais nous devons être plus efficaces, plus durables et avoir un système plus efficace pour gérer le trafic », a-t-elle ainsi répondu.

Taxation du kérosène.

La taxation du kérosène fut l’un des points principaux sur lequel les réponses de la candidate n’ont pas semblé convaincre certains eurodéputés.

Ainsi, Clare Daly (GUE/NGL, irlandaise) lui a reproché de ne pas s’engager clairement pour une taxe sur l’aviation, alors que cette mesure, selon une étude la Commission, « réduirait les émissions sans affecter les emplois ».

Mme Vălean a répondu qu’elle pensait que la taxation ne représente qu’une partie de la solution. « Si vous voulez, je peux m’engager et dire que je n’exclurai pas la fiscalité [de la solution] », a-t-elle poursuivi.

Enfin, en guise de discours de clôture, la Roumaine a reconnu qu’elle n’avait peut-être pas toujours fourni des réponses aussi concrètes et précises que ce qui était attendu, en raison de son manque d’expertise de certains aspects du secteur des transports. Elle a néanmoins assuré aux eurodéputés qu’elle remédierait à cela au plus vite.

Le vote en session plénière du Parlement européen sur l'ensemble du collège des commissaires est prévu pour le 27 novembre, à Strasbourg. (Damien Genicot)

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