La majorité des groupes politiques du Parlement européen, y compris le groupe GUE/NGL, soutiennent l'envoi en temps voulu d'une mission d'observation électorale de l'Union européenne lors des prochaines élections présidentielles qui seront convoquées dans un futur proche, alors que le président sortant, Evo Morales, a fui au Mexique en début de semaine (EUROPE 12367/28).
Au nom du groupe PPE, l'Espagnole Pilar del Castillo a qualifié de « fraude incontestable » les élections présidentielles boliviennes de fin octobre, qui avaient abouti à la réélection très contestée d'Evo Morales. Elle a appelé à la tenue de nouvelles élections « crédibles » avec une mission d'observation européenne. « Il faut boucler la crise par de nouvelles élections avec un arbitre indépendant et neutre », a considéré Izaskun Bilbao Barandica (Renew Europe, espagnole). Sur cette ligne, Benoît Biteau (Verts/ALE, français) a demandé à l'UE d'agir pour préserver la stabilité observée en Bolivie depuis 14 ans et ne pas seulement convoiter les gisements de lithium du pays.
L'extrême droite et les conservateurs n'ont pas mâché leurs mots. Qualifiant M. Morales d'« usurpateur », Markus Buchheit (ID, allemand) a fustigé les forces politiques de gauche qui crient au « putsch ». Selon Hermann Tertsch (CRE, espagnol), M. Morales « n'a pas pu frauder comme il avait l'habitude de le faire », fustigeant un allié du président vénézuélien, Nicolás Maduro, dans le négoce de la cocaïne et le blanchiment de capitaux.
Seul Manu Pineda (GUE/NGL, espagnol) a dénoncé « un coup d'État » en Bolivie. L'Organisation des États américains (OEA) n'a pas remis en question la victoire d'Evo Morales, mais le fait que cette victoire soit de plus de 10 points de pourcentage, a-t-il fait valoir.
La Haute Représentante de l'UE pour les Affaires étrangères, Federica Mogherini, a rappelé que M. Morales s'était porté candidat pour un quatrième mandat présidentiel d'affilée, avec l'avis favorable de la Cour constitutionnelle, mais après avoir perdu un référendum visant à modifier la Constitution bolivienne elle-même. Elle a aussi noté les « irrégularités » des dernières élections présidentielles, notamment le blocage pendant 20 heures du système de décompte des suffrages.
Et Mme Mogherini d'ajouter : les améliorations observées en Bolivie - chute de la pauvreté, participation accrue des populations autochtones à la vie publique - pourront uniquement être préservées par le biais d'une solution pacifique qui respecte la Constitution et l'État de droit, par la préparation des nouvelles élections présidentielles.
Le PE adoptera fin novembre une résolution sur la situation politique en Bolivie. (Mathieu Bion)