La Banque européenne d'investissement (BEI) est à nouveau appelée, jeudi 14 novembre, à arrêter sa politique révisée de prêts afin de l'aligner davantage avec les objectifs européens de lutte contre les changements climatiques (EUROPE 12349/22).
Un des enjeux de cette décision concerne le niveau d'ambition dans l'élimination des financements visant à favoriser les énergies fossiles et, notamment, les projets gaziers.
Par rapport à son ambition initiale formulée en juillet, l'institution européenne propose désormais de repousser d'un an, à fin 2021, la date d'approbation des nouveaux projets gaziers considérés comme des projets d'intérêt commun (EUROPE 12361/12). Elle propose aussi de clarifier les conditions de prêts aux projets d'infrastructures gazières à faible émission de carbone, comme l'hydrogène.
Si une décision est prise jeudi, les positions qu'adopteront l'Allemagne et la Commission européenne auraient une influence déterminante. Or, selon l'eurodéputé Bas Eickhout (Verts/ALE, néerlandais), Berlin et la Commission, en tant qu'« acteurs clés » sur ce dossier, constituent « un réel problème » dans la fixation d'une ambition maximale de l'UE en faveur du climat.
« Si nous voulons la neutralité carbone à l'horizon 2050, le secteur énergétique doit être le premier à s'adapter. Le gaz, c'est mieux que le charbon, mais cela reste une énergie fossile », a-t-il fait valoir, mardi 12 novembre, devant quelques journalistes. « Ici, nous parlons d'infrastructures gazières en sus de celles existantes ou déjà prévues, telles que Nord Stream II. (Or), nous disposons déjà de plus d'infrastructures gazières que ce que nous importons », a-t-il ajouté, mettant en garde contre une décision qui limiterait la recherche d'alternatives en recourant aux énergies renouvelables. Il a notamment mentionné une infrastructure aux Pays-Bas fonctionnant à 10% de ses capacités et une autre inutilisée en Espagne.
M. Eickhout a indiqué que plusieurs groupes - Verts/ALE, S&D, Renew Europe et GUE/NGL - demandent une prolongation de la durée d'examen de l'acte délégué énonçant les projets d'intérêt commun afin de tenir un débat spécifique avec la Commission 'von der Leyen', une fois celle-ci entrée en fonction. Sur ce point, « le groupe PPE doit s'adapter à cette nouvelle réalité », a-t-il considéré.
Interrogée sur la position qu'elle défendra jeudi, la Commission européenne est restée évasive. La Commission appuie fortement la volonté de la BEI de « s'aligner pleinement sur l'Accord de Paris sur le climat d'ici à fin 2020 », a déclaré sa porte-parole, Mina Andreeva. Elle a rappelé que la présidente élue de la Commission, Ursula von der Leyen, souhaite que, sous son mandat, les financements de la BEI en faveur de l'action climatique passent de 25% actuellement à 50%.
Quant aux projets d'intérêt commun, une autre porte-parole a évoqué la recherche du « juste équilibre » entre les critères d'éligibilité et des délais d'ajustement plus longs pour l'élimination de projets d'interconnexion et de stockage gazier qui revêtent une importance pour la sécurité énergétique.
Lundi 11 novembre, à Luxembourg, le président de la BEI, Werner Hoyer, avait fait valoir à un groupe de journalistes que la Banque de l'UE était « déjà la Banque du climat », expression chère à la France, et il avait assuré que la partie des activités de la BEI consacrées au climat allait encore « croître » pour être « en accord avec les impératifs climatiques ».
Il s'était félicité des récentes conclusions du Conseil 'Ecofin' invitant la BEI à cesser progressivement de financer des projets liés aux énergies fossiles, surtout solides (EUROPE 12366/8). Il s'agit d'une étape « inévitable », avait-il estimé, tout en soulignant la nécessité de « réfléchir à des solutions crédibles pour aider ceux qui auront les plus lourdes charges à assumer lorsqu'interviendra cette transition ». (Mathieu Bion avec Agathe Cherki)