1 million d'espèces menacées d'extinction, selon l'évaluation IPBES : les députés membres de la commission de l'environnement du Parlement européen, alarmés par la situation catastrophique de la biodiversité mondiale ont tous reconnu, mercredi 6 novembre à Bruxelles, l'urgence d'agir pour préserver enfin cette richesse essentielle à la vie sur terre.
La quasi unanimité s'est faite sur la nécessité que l'UE saisisse l'occasion de la COP15 de la Convention onusienne sur la biodiversité biologique (Kungming, Chine, octobre 2020) pour que le cadre mondial post-2020 débouche sur une feuille de route claire, des objectifs ambitieux, contraignants, mesurables, ainsi que des indicateurs de performance et de suivi. Tous les groupes politiques, à l'exception du groupe ID souscrivent au projet de résolution qui a été débattu. Ce projet considère que l'UE doit donner elle-même l'exemple pour que le futur accord de Kungming soit pour la biodiversité ce qu'est l'accord de Paris pour la lutte contre le changement climatique - deux phénomènes interdépendants (EUROPE 12322/10).
Cela implique, selon eux, un changement radical d'approche pour trouver des solutions fondées sur la nature, de prendre la mesure de la valeur de la biodiversité terrestre et marine et des services écosystémiques qu'elle livre, d'assurer la cohérence des politiques de l'UE et de lutter contre la déforestation mondiale.
La date butoir pour le dépôt des amendements est le jeudi 7 novembre. Le vote en commission est prévu pour le 2 ou le 3 décembre ; celui en plénière en janvier 2020 (à confirmer). Le Conseil de l’UE, lui, pourrait adopter ses conclusions soit en fin d'année, soit début 2020 (EUROPE 12294/4).
« Nous n’avons qu’un bilan navrant à présenter. Aucun objectif n'est rempli : ni les objectifs mondiaux d’Aichi ni les objectifs européens 2020. Il y a urgence à ce que la préservation de la biodiversité devienne une priorité absolue, tout comme l’est devenue la lutte contre le réchauffement climatique », a déclaré Agnès Evren (PPE, française).
Selon César Luena (S&D, espagnol) les solutions fondées sur la nature peuvent aider à réduire les émissions de plus de 30% d’ici à 2030. Il a plaidé pour davantage d'ambition en matière de zones sanctuarisées, avec un objectif de 30% d’ici 2030 et de 50% d’ici 2050, et pour que « le secteur passe à la caisse. »
Selon María Soraya Rodríguez Ramos (Renew Europe, espagnole), ce qui est essentiel, c'est de trouver des solutions reposant sur la nature et contribuant à atténuer les changements climatiques. Elle a insisté pour que l'accent soit mis sur l'utilisation des sols. « Nous devons travailler dans un cadre global, contraignant, inclusif et ambitieux, et prévoir des mécanismes de mise en œuvre, de surveillance et de redevabilité solides. »
De l'avis de Ville Niinistö (Verts/ALE, finlandais), il y a urgence pour le climat et la biodiversité. La sixième extinction massive des espèces étant à nos portes, il convient de « modifier nos modèles de production et de consommation ». Selon lui, la réforme de la PAC en cours ne prend pas suffisamment en compte les préoccupations liées à la biodiversité : « il faut que l'agriculture et la sylviculture soient des facteurs de protection de la biodiversité, pas de destruction. L'UE doit aussi adopter une approche progressiste et mondiale de la déforestation ».
D'où l'espoir de Sylvia Modig (GUE/NGL, finlandaise) que la commission de l'environnement « soit associée à la réforme de la PAC, car, si l'on n'écoute que les lobbies agricoles et sylvicoles, on ne progressera pas ».
Alexandr Vondra (CRE, tchèque) a dit la volonté de son groupe d'aller de l'avant, car « la protection de la biodiversité est un acte conservateur ». Il a insisté sur l'importance d'insérer les objectifs de biodiversité dans les objectifs de développement durable, de prévoir des mécanismes de mise en œuvre à tous les niveaux et des transferts de technologies.
Le représentant de la Commission a rappelé que le Green Deal annoncé par Ursula von der Leyen veut faire de l'UE le premier continent au monde climatiquement neutre et prévoit une stratégie pour la biodiversité à l'horizon 2030 pour que l'UE soit chef de file à la COP15.
Selon lui, un point d'interrogation demeure : savoir si la Convention sur la diversité biologique pourrait introduire un nouveau concept de contribution déterminée au niveau national, en vue de créer un nouvel élément de mesurabilité, vérifiable à travers un système à mettre en place. (Aminata Niang)