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Bulletin Quotidien Europe N° 12339
AUDITION DES COMMISSAIRES DÉSIGNÉS AU PARLEMENT EUROPÉEN / SantÉ

Stella Kyriakides se présente comme la candidate du consensus

Stella Kyriakides n'a pas ménagé ses efforts, dans la soirée du 1er octobre, pour démontrer aux députés européens qu'elle était à même d'embrasser la fonction de commissaire européen chargé de la Santé. Elle s'est montrée à l'écoute de leurs priorités, tant en matière de santé publique que de sécurité alimentaire. Elle a toutefois laissé entendre qu'elle n'irait pas à la confrontation avec les États membres. 

« Nous ne sommes pas là pour punir, mais bien pour trouver des consensus. C'est comme ça que j'ai toujours travaillé et c'est un nouveau défi que je relèverai avec bonheur », a-t-elle répondu à Martin Hojsik (Renew Europe, slovaque), qui lui demandait de mettre les États membres devant leurs responsabilités plutôt que de se cacher devant des procédures de comitologie opaques. Une phrase qui résume bien l'ensemble de sa prestation, qui s'est déroulée pendant 3 heures devant la commission de l'Environnement, de la Santé publique et de la Sécurité alimentaire et celle de l'Agriculture et du Développement rural du Parlement européen. 

Après des débuts sur la retenue, la candidate chypriote (PPE) s'est montrée de plus en plus détendue. À la question « serez-vous la commissaire de l'intervention, de la créativité ou du statu quo? », elle a répondu : « Il faudrait déjà que je sois commissaire tout court ». Il revient en effet aux coordinateurs de groupe politique, le 2 octobre, puis à la Conférence des présidents, plus tard, de valider sa prestation. 

Questions cinglantes sur les pesticides et les OGM

L'audition a commencé sur les chapeaux de roues avec l'intervention du président de la commission de l'Environnement, Pascal Canfin (Renew Europe, français), critiquant les réponses écrites de Mme Kyriakides.  « Notre sentiment, c'est que sur la partie 'Santé', il y a des engagements concrets. En revanche, nous avons des interrogations sur les réponses apportées à nos questions sur la sécurité alimentaire, jugées beaucoup plus vagues », a-t-il déclaré en préambule. 

De nombreuses questions ont donc porté sur ces matières. En particulier, plusieurs députés ont interrogé la Chypriote sur la fixation d'un objectif chiffré de réduction des pesticides et des risques associés. À plusieurs reprises, Mme Kyriakides a reconnu que la législation sur les pesticides n'était pas correctement mise en œuvre par les États membres, saluant au passage les conclusions de la commission parlementaire spéciale sur les pesticides.

Toutefois, comme sur de nombreux autres sujets, elle a refusé de s'engager excessivement, s'en remettant aux évaluations en cours. « Je m'engage à réduire la dépendance aux pesticides, ainsi que d'essayer d'investir et d'encourager les alternatives à faible risque. Cela fera partie du 'Pacte vert' et de la stratégie 'de la fourche à la fourchette' », a-t-elle déclaré à de multiples reprises. « Il y a actuellement une évaluation qui est menée par l'Agence européenne de sécurité alimentaire au titre de REFIT et je prendrai une décision sur cette base », a-t-elle répondu à ceux qui lui demandaient des engagements plus concrets.  

La candidate chypriote a également fait l'objet de questions acerbes sur les perturbateurs endocriniens de la part de députés déçus par l'action de la Commission Juncker. « Je suis de ceux qui regardent de l’avant. Les perturbateurs endocriniens font partie de ma lettre de mission et, vous avez raison, il faut faire plus. », a indiqué Mme Kyriakides, laissant entendre son intention de se pencher sur des critères horizontaux et sur l'effet cocktail (combiné). Mais elle s'est à nouveau retranchée derrière l'évaluation (fitness check) menée actuellement par la Commission. 

La santé publique, sa zone de confort

Sans surprise, la Chypriote a mis plusieurs fois en avant l'initiative phare d'Ursula von der Leyen en termes de santé publique, à savoir un plan de réduction du cancer. Mais ce sujet, loin de soulever la controverse, vu l'ampleur du problème, n'a pas fait l'objet de beaucoup de questions. Mme Kyriakides a elle-même fait l'expérience de la maladie.

Les députés l'ont par contre interrogée sur l'absence de référence aux évaluations communes de santé dans sa lettre de mission et ses réponses écrites. Ce sujet, a-t-elle immédiatement répondu, revêt lui aussi une importance considérable et elle s'est engagée à le pousser sur la table du Conseil pour atteindre le fameux « consensus » (EUROPE 12338/4). 

Sur la question des pénuries de médicaments, une problématique discutée depuis de nombreuses années sur la scène européenne sans grand progrès, la commissaire désignée a rappelé qu'un groupe de travail créé par la Commission et l'EFSA étudiait actuellement la question. Elle a identifié les politiques de prix, de remboursement et le rôle de l'industrie parmi les causes du problème et a suggéré de s'attaquer à la détection précoce des dysfonctionnements. Elle n'a par contre pas été en mesure de répondre à la question de la députée Margrete Auken (Verts/ALE, danoise) qui l'interrogeait sur les prix abusifs réclamés par l'industrie pharmaceutique. Mme Kyriakides a fait savoir qu'elle n'était pas au courant de la résolution qui, selon la députée, aurait été « réduite à peau de chagrin » à l'Organisation mondiale de la santé sur la question de la transparence des prix et a promis de se renseigner. 

À sa sortie de l'audition, Stella Kyriakides a qualifié l'audition de « très exigeante », mais également une belle occasion de partage des politiques qui lui tiennent à cœur. (Sophie Petitjean)

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