Motivée, engagée, souriante, la sociale-démocrate finlandaise Jutta Urpilainen, commissaire désignée aux Partenariats internationaux, a affiché la maîtrise de ses futurs dossiers, lors de son grand oral de passage devant la commission du Développement du Parlement européen, mardi 1er octobre.
Elle entend lutter contre les inégalités et contribuer à la réalisation du programme universel de développement durable. C'est une « occasion en or », « la boussole », non pour elle seule, mais pour l'ensemble des commissaires. « Nous allons cimenter l'UE en tant que leader mondial de la coopération internationale et du développement », a-t-elle dit, soulignant que l’intitulé de son portefeuille est marqué par le multilatéralisme, non par les relations Nord/Sud entre donateurs et récipiendaires d'aides.
« Partenariats forts, sur un pied d'égalité » avec l'Afrique et avec les pays ACP, dans l'intérêt de tous, importance capitale de l'éducation, engagement sans faille pour l'égalité hommes/femmes et envers les ONG, « partenaires précieux », « confiance de nos partenaires pour lutter contre la pauvreté, confiance dans le fait que les citoyens comprennent les résultats et confiance entre peuples et institutions » ont été ses maîtres mots, comme dans ses réponses écrites (EUROPE 12337/6).
Les applaudissements à l’issue de sa prestation en anglais, conclue en finnois, laissaient peu de doute sur sa confirmation.
Tomas Tobé (PPE, allemand) a néanmoins précisé que la commission du développement, qu'il préside, reviendra sur les engagements de Mme Urpilainen à travailler avec le Parlement. Celui-ci est notamment inquiet que l'Assemblée parlementaire paritaire puisse disparaître dans le futur partenariat post-2020 avec les pays ACP.
Jutta Urpilainen a dit sa foi dans la représentativité démocratique et s'est dite à l'écoute du Parlement, comptant dialoguer avec lui, mais aussi le voir jouer un rôle important dans les partenariats.
Afrique et ACP. La commissaire désignée a plaidé pour que l’on tourne le dos à l'image de l'Afrique vue comme un continent d’instabilité et de pauvreté « pour accueillir à bras ouverts celle d'un continent jeune, de l’espoir et la prospérité », dans lequel mobiliser les investissements, publics et privés. Selon elle, les partenariats forts avec l’Afrique et les ACP permettront de « tirer parti des possibilités tous ensemble et aussi d’alléger les pressions migratoires ». Elle travaillera à la conclusion de l'accord post-Cotonou, « une alliance sur la scène internationale répondant à nos intérêts communs et à tous nos citoyens ».
Udo Bullmann (S&D, allemand) s'est inquiété de l'absence de stratégie européenne de mise en œuvre et d'outils de suivi des Objectifs de développement durable (ODD). Selon Mme Urpilainen, le processus budgétaire du 'Semestre européen' serait « un bon instrument » à utiliser pour la mise en œuvre.
Qu'en est-il de la cohérence des politiques de l’UE (commerce, agriculture, environnement, social) en l’absence d’outil pour l’évaluer ?, a demandé Marc Tarabella (S&D belge). « La main droite ne doit pas ignorer ce que fait la main gauche », a répondu la commissaire désignée, réitérant que les ODD guideront l’action de tous les commissaires. « Nous devrions avoir des analyses géopolitiques et des stratégies communes et les mettre en œuvre par le biais de la programmation », a-t-elle ajouté.
Développement et migration. À György Hölvényi (PPE, hongrois), soucieux d'« exporter l’aide et de ne pas importer le problème pour des raisons de sécurité », elle a dit que la seule manière de mener une politique de migration durable sera de s’attaquer aux causes profondes du problème. C'est, selon elle, la seule manière de restaurer l’espoir des populations contraintes de fuir à cause des conflits.
« Par la coopération, nous essayons d’améliorer les conditions dans les pays d'origine et partenaires, via l’éducation, les investissements, la création d’emplois », a-t-elle expliqué.
La Finlandaise a rassuré Charles Goerens (Renew Europe, luxembourgeois), qui refuse une stricte conditionnalité de l'aide à la politique migratoire. « Je ne pense pas qu’avec la conditionnalité, on mettra un frein. Ce n’est pas possible. L’aide n’est qu’une partie des flux financiers. L’UE ne devrait avoir qu’une politique de migration et la politique de développement en fait partie », a-t-elle dit. Il conviendra de poursuivre sur la voie de la coopération avec les pays d'origine, mais les autres aussi, l'UE étant le premier donateur.
La commissaire désignée n'a pas convaincu Miguel Urbán Crespo (GUE/NGL, espagnol). « On discute de 10% de l’aide au voisinage pour le contrôle des migrations », s'est-il insurgé.
Pour l'objectif d'allouer 0,7% du RNB à l'aide publique au développement, objectif que seuls 4 pays de l'UE remplissent, celle qui fut ministre des Finances a estimé que « c'est une question de volonté politique. Il faut impliquer les ministres des Finances et les chefs d’État pour qu’ils œuvrent à cet objectif. Je suis prête à jouer mon rôle », a-t-elle dit, sans se prononcer sur l'opportunité de rendre des comptes au PE.
Renforcer la dimension externe du Green Deal. Répondant à Michèle Rivasi (Verts/ALE, française), qui l’interrogeait sur les moyens de lutter contre les crimes environnementaux dans les pays en développement (comme l'exportation de pesticides interdits), la commissaire désignée a répondu « sanctions », « aide au respect de la législation européenne ». Plus généralement, elle a plaidé pour le développement de la dimension extérieure du 'Green Deal européen'.
Manon Aubry (GUE/NGL, française), qui l'interrogeait sur l'impunité des multinationales dans les violations des droits humains et environnementaux et demandait un droit de vigilance contraignant, a été renvoyée aux principes volontaires de l'ONU.
À Beata Kempa (CRE, polonaise), Mme Urpilainen a assuré qu'elle était prête à coopérer avec les ONG « aussi bien dans les petits que les grands États membres, pour puiser dans leur expérience ».
Chrysoula Zacharopoulou (Renew Europe, française) s’est réjouie de l'assurance reçue qu'un troisième plan d’action pour l’égalité des genres sera élaboré.
Comme Lukas Mandl (PPE, autrichien), favorable au renforcement de l’éducation, la Finlandaise, qui fut aussi enseignante, a insisté sur l’importance que revêt la qualité de l’éducation et s’est dite prête à s’engager pour que 20% des crédits de l'Instrument de voisinage, de développement et de coopération internationale (NDICI) dans le budget y soient dédiés.
Aux questions sur l'impact du Brexit sur la politique européenne de développement, Mme Urpilainen a opposé un « refus de spéculer ». (Aminata Niang)