« Les murs de notre Maison commune sont fissurés par la mise en cause des droits fondamentaux », a déclaré le président français, Emmanuel Macron, dans un discours prononcé mardi 1er octobre devant l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE), à l'occasion du 70e anniversaire de l'organisation paneuropéenne.
Cette « Maison commune » est celle qu'évoquait Mikhaïl Gorbatchev en juillet 1989 devant cette même assemblée. On était alors à quelques mois de la chute du Mur de Berlin, mais, trente ans après le début de la chute de l'URSS, « la fascination pour les régimes autoritaires s'exprime jusqu'au sein de l'Union européenne ».
« Nos démocraties sont en crise », « elles n'ont pas su apporter à nos concitoyens la protection à laquelle ils aspirent », « le retour de l'histoire a mis un terme à l'espérance ».
Face à ce constat d'une Europe fragilisée, voire menacée, Emmanuel Macron appelle à réagir avec « force d'âme, lucidité et courage » et pose en préalable l'adhésion de l'Union européenne à la Convention européenne des droits de l'homme.
« La souveraineté économique, numérique et stratégique de l'Europe passe par la solidarité entre États membres et le renforcement de l'État de droit », a-t-il dit. L'Europe des Vingt-huit et celle des Quarante-sept ne sont pas en concurrence, « au contraire », car il n'y aura souveraineté à l'échelle du continent que sur la base des « valeurs qui nous réunissent au sein du Conseil de l'Europe ».
« Je crois profondément que c'est au Conseil de l'Europe que les fractures peuvent être réparées, parce que c'est le lieu où la conscience européenne se construit et se débat », a-t-il ajouté.
Débats impliquent tensions, comme ce fut le cas au sujet des sanctions imposées par l'APCE à la Fédération de Russie après l'annexion de la Crimée en 2014. La crainte de voir ce pays quitter le COE a été réelle. Elle aurait été catastrophique aux yeux du président français, car « voir un de nos membres s'éloigner du socle des valeurs communes aurait été une victoire pour ceux qui ne croient pas à ces valeurs ».
S'il remet en question « l'effet utile » des sanctions votées par l'APCE et rejetées par Moscou, M. Macron ne nie pas pour autant l'importance du respect de leurs engagements par les États membres. S'ils y dérogent, le COE doit effectivement réagir et c'est tout le sens du nouveau « mécanisme conjoint » discuté actuellement entre l'APCE et le Comité des ministres, organe exécutif du COE présidé jusque novembre par la France. Le président français y est plus que favorable et espère qu'il sera « opérationnel en janvier ».
L'Europe doit aussi faire face à une « situation collective inédite », a-t-il déclaré dans la seconde partie de son discours. Les principes et les valeurs qui nous unissent sont également « minés par les transformations que nous vivons » : ensauvagement du monde, affaiblissement du multilatéralisme et, à l'intérieur du continent, menaces terroristes, transformations numériques, climatiques, démographiques, crise du capitalisme…
Autant de phénomènes qui « adviennent ensemble dans nos sociétés » et face auxquels « deux voies contradictoires » s'affirment : celle du repli sur soi et celle de « l'illusion qui voudrait que le peuple ne soit pas comme il est ». Une autre voie est à construire, estime-t-il, celle qui consiste à « penser pour réaliser un espace de liberté et de droits dans notre monde tel qu'il est ».
Un principe de réalité qu'il prône en matière de maintien de l'ordre dans le cadre de manifestations dont la nature a changé (cf. la crise des gilets jaunes), de lutte contre la désinformation, de maîtrise des flux migratoires à mettre en œuvre sans altérer le droit d'asile.
Il s'agit, selon lui, de « rendre nos démocraties plus solides » et, là encore, le rôle du COE doit être central.
« Ces tensions éthiques rendent votre travail profondément inédit et historique », a déclaré l'orateur aux parlementaires. « La grande Europe se fait ici », y compris au travers de la controverse, car loin d'être un « affaiblissement », celle-ci est un « luxe de l'État de droit et de la démocratie ». (Véronique Leblanc)