À l’aise et souriant durant son audition, souvent vague, mais respectant strictement le périmètre de sa lettre de mission, le commissaire désigné à l’Emploi, Nicolas Schmit, a martelé un message clair, mardi 1er octobre, devant les eurodéputés : sa priorité sera de renforcer la convergence économique et sociale au niveau européen et il usera de tous les instruments pour atteindre cet objectif.
« La force du modèle européen est de concilier l’économique et le social et d’y associer désormais pleinement l’environnement (…) L’élaboration des politiques européennes qui compromettent la cohésion et sacrifient les normes sociales, ce projet européen n’a aucune chance de recueillir le soutien des citoyens européens », a ainsi déclaré d’emblée le Luxembourgeois dans son discours introductif devant la commission de l'emploi et des affaires sociales (EMPL) et celle des affaires économiques (ECON) du Parlement européen. En effet, pour cet ancien ministre à la longue expérience dans les affaires sociales (de 2009 à 2018), l’Union est construite sur la promesse d’une « prospérité partagée » et, ce faisant, ne peut se stabiliser sur les « énormes » disparités économiques actuelles.
L’épineuse question de la subsidiarité
Dans cette optique, le commissaire désigné veut instaurer un salaire minimum parmi les États membres (EUROPE 12337/14), sans pour autant donner davantage de précisions. Anticipant les craintes des pays scandinaves, particulièrement jaloux de leur modèle social, tout entier fondé sur les négociations entre partenaires sociaux, le Luxembourgeois a indiqué vouloir strictement respecter les modèles nationaux, allant jusqu’à laisser entendre la possibilité d’une exemption pour les pays nordiques. « Si vous voulez parler d’une exemption, appelez ça comme ça », a-t-il ainsi lancé au Danois Nikolaj Villusem (GUE/NGL) qui l'apostrophait sur la question.
Une autre facette de la convergence est celle de la mobilité de l'emploi au sein de l’UE. Répondant à Sylvie Brunet (RE, française), M. Schmit a salué le travail réalisé par la commissaire actuelle à l’Emploi et aux Affaires sociales, Marianne Thyssen, assurant son entier engagement à la bonne transposition de la directive sur les travailleurs détachés à l’aide notamment de la nouvelle Autorité du travail. Dans la foulée, M. Schmit s’est fendu d’une vive critique à l’encontre des États membres pratiquant le dumping social. Une pratique qui ne « correspond pas à l’esprit européen », qui va contre l’intérêt des salariés et, surtout, qui est contre-productive, selon lui, étant donné qu’il y aura toujours des régions dans le monde où les salaires seront toujours plus bas qu’en Europe.
Schizophrénie politique
À ce titre, le commissaire s’est attardé sur un versant spécifique de la mobilité du travail : la question de la sécurité sociale – une référence en creux au règlement sur la coordination des systèmes de sécurité sociale, qu’il a si vivement combattu en tant que ministre (EUROPE 12047/21). « Un problème complexe », presque insoluble pour le commissaire, qui espère analyser la situation et regarder si la sécurité sociale est cause de concurrence déloyale « effectivement ». « Je dis bien effectivement, car j’ai un doute », a-t-il reconnu. Interrogé sur sa position vis-à-vis du règlement, il a dit toutefois représenter l’intérêt commun européen, et non celui de son pays, espérant un compromis « équilibré » - peut-être avec les intérêts nationaux de son propre pays ?
La question des plateformes numériques était sur de nombreuses lèvres. Sur ce point, le commissaire a assuré vouloir apporter les mêmes droits aux salariés des plateformes qu’aux autres et mettre un terme aux abus en s’inspirant notamment du modèle californien qui encadre le secteur. À ce titre, il a annoncé la tenue d’une conférence pour faire le point sur les actions à entreprendre. Interpellé par Leila Chaibi (GUE/NGL, française) sur un éventuel conflit sur la question numérique entre lui et la vice-présidente exécutive désignée aux Affaires numériques, la très libérale danoise Margrethe Vestager, M. Schmit s'en est défendu. « J’ai bien lu ma lettre de mission, je n’ai pas l’impression que je sois un pauvre commissaire qui n’a aucune influence et ceux qui me connaissent savent que je ne me laisse pas aussi simplement priver de ce que je pense être mes compétences et mes droits » a-t-il rétorqué, un brin piqué.
Une assurance chômage européenne pour les grandes crises
Le commissaire désigné a en outre précisé le projet d’une assurance chômage européenne, en soulignant le fait qu’il ne serait actionné qu’en cas de choc économique majeur. « Il n’est pas question de faire un transfert permanent d’un pays à un autre », a-t-il assuré à Markus Ferber (PPE, allemand).
D’une manière générale, M. Schmit a assuré vouloir lutter contre la pauvreté pour essayer d’atteindre les objectifs européens de la stratégie EUROPE 2020. Pour ce faire, il compte avancer au plus vite sur le projet d’une garantie pour les enfants, même si le budget pose question, et renforcer la garantie jeunesse. Il espère par ailleurs agir dans la limite des compétences de l’Union pour lutter contre la hausse des prix des logements.
Il a également mentionné le lancement prochain d’une conférence sur l’économie sociale et solidaire, afin de soutenir ce secteur en constante progression et qui contribue à l'ensemble des objectifs sociaux, mais aussi environnementaux européens.
Une impression positive
À l’issue de l’audition, les coordinateurs de la commission EMPL se sont réunis. Les impressions laissées par le Luxembourgeois ont été bonnes, bien que certains aient regretté son manque de témérité sur certains dossiers. Ainsi, mis à part le groupe d’extrême droite Identité et Démocratie, tous ont soutenu sa candidature, lui reconnaissant la maîtrise de ses dossiers.
Plusieurs groupes, dont les Verts/ALE et les sociaux-démocrates, comptent demander une évolution du nom de son portefeuille pour remettre la dimension sociale au centre de celui-ci. Comme l’a fait remarquer la présidente de la commission EMPL, Lucia Nicholsonová, le commissaire s’est bien plus exprimé sur les questions sociales que celles liées à l’emploi. (Pascal Hansens)