Alors que les esprits s’échauffent à Westminster au sujet du Brexit, l’atmosphère qui règne à Bruxelles est résolument plus froide. En cause, l’attitude du Royaume-Uni, qui consacre davantage d’énergie à la propagande électorale qu’aux négociations.
Trois années et demie se sont écoulées depuis le référendum sur le Brexit, deux années depuis les désastreuses élections législatives marquées par la perte de majorité parlementaire du parti conservateur et deux mois depuis la prise de pouvoir du nouveau Premier ministre et, pourtant, peu de choses ont changé.
De nombreux partisans du maintien et autres défenseurs d’un « Brexit doux » placent leurs espoirs dans le « Projet de loi Benn » (un amendement proposé par le député travailliste Hilary Benn qui forcerait le Premier ministre à solliciter une extension du Brexit s’il ne peut conclure un accord avant le 19 octobre) et dans une décision révolutionnaire de la Cour Suprême, rendue cette semaine, selon laquelle la suspension du Parlement par Boris Johnson était « illégale » (EUROPE 12334/18).
Il n’est toutefois pas établi que ces options puissent favoriser la signature d’un accord sur le Brexit. Selon l’ancien Premier ministre (conservateur) John Major, le gouvernement utilisera une solution de rechange pour éviter de demander une extension du Brexit. Dans un discours prononcé vendredi, il a déclaré que le gouvernement pourrait adopter une « ordonnance du Conseil » afin de retarder l’entrée en vigueur de l’amendement Benn jusqu’à une date ultérieure au jour du Brexit, fixé au 31 octobre. L’ordonnance peut être adoptée par les ministres du gouvernement, en contournant la Reine et le Parlement, ce qui, selon M. Major, s’apparenterait à « une fourberie politique que personne ne devrait jamais pardonner ni oublier ».
M. Johnson déclare qu’il respectera la législation et sortira le Royaume-Uni de l’UE pour le 31 octobre ; deux souhaits qui semblent contradictoires. Il se montre également optimiste quant aux perspectives de renégocier le filet de sécurité relatif à la frontière irlandaise, malgré le fait que l’UE affiche toujours une certaine réserve sur les derniers « documents non officiels » de son gouvernement à ce sujet.
Entretemps, le parti conservateur intensifie sa campagne « Parlement vs Citoyens », qualifiant le projet de loi Benn de « projet de loi de capitulation », un terme qui séduit visiblement les partisans du Brexit. Selon Paul Waugh, du Huffington Post, le parti a réalisé sa meilleure semaine de collecte de fonds, malgré les scènes intenses et chargées de colère qui ont animé le Parlement cette semaine. M. Johnson a été accusé de tenir des propos incendiaires et populistes et fustigé pour avoir déclaré que « mettre en œuvre le Brexit » honorerait la mémoire de Jo Cox, la députée travailliste anti-Brexit assassinée.
Le ministre britannique en charge du Brexit, Steve Barclay, est à nouveau à Bruxelles aujourd’hui, après avoir rencontré plusieurs de ses homologues européens (il s’est rendu à Prague cette semaine et en Espagne la semaine dernière, où il a par ailleurs prononcé un discours controversé, dans lequel il semblait menacer les exportateurs espagnols et irlandais). L’UE continue de demander au Royaume-Uni de soumettre des propositions « réalistes » afin de maintenir ouverte la frontière irlandaise, bien qu’elle perde espoir de les voir un jour sur la table.
Le débat sur le Brexit a peut-être atteint un nouveau sommet cette semaine, mais ce ne sera sûrement pas le dernier. (Version originale anglaise par Sarah Collins)