La commission du développement du Parlement européen, présidée par le Suédois Tomas Tobé (PPE), a procédé, mardi 23 juillet, avec la Commission et la Présidence finlandaise du Conseil, à un tour d'horizon des dossiers qui l'occuperont, depuis le programme universel de développement durable jusqu'à l'aide humanitaire, en passant par les négociations du partenariat post-2020 avec les 79 pays ACP.
L’Accord de Paris sur le climat et l’Agenda 2030 sont le fondement de la coopération internationale et la coopération au développement doit s'appuyer sur les droits humains, l'État de droit, la démocratie, la paix, la liberté et la tolérance, a estimé le nouveau ministre finlandais de la Coopération au développement et du Commerce international, Ville Skinnari.
Développement durable. « Mettre en œuvre nos engagements au titre du programme 2030 de l'ONU, le Consensus européen pour le développement, le consensus européen sur l’aide l’humanitaire sont les priorités » de la Présidence finlandaise, en accordant une attention particulière à l'égalité hommes-femmes, aux droits des jeunes filles, ainsi qu'au renforcement du partenariat avec l'Afrique. Si le monde ne fournit pas les efforts requis pour lutter contre le changement climatique, tous les efforts de développement seront sapés, a-t-il prévenu.
Selon Stefano Manservisi, directeur général à la Commission, l'Agenda 2030, ce n'est pas seulement transférer des fonds, mais veiller au caractère durable du développement à l'échelle mondiale pour vivre dans monde meilleur. Cela requiert « de l'argent, de bonnes politiques, un partenariat ». Il a insisté sur la nécessité que chaque pays ait un plan d'action intégré et un cadre de financement intégré pour la réalisation des ODD.
Rasa Juknevičienė (PPE, lituanienne) a demandé si, dans cette approche du développement durable, il ne faudrait pas aider « des voisins orientaux importants comme l'Ukraine, la Géorgie, la Moldavie ». Selon M. Manservisi, « toutes les aides à ces pays sont de l’aide publique au développement », comme l'aide à la mobilité en Moldavie.
À Catherine Chabaud (Renew Europe, française), qui l'interrogeait sur la politique de restauration des écosystèmes côtiers, « sachant que d’ici à 2050 80% de la population mondiale va vivre sur la frange littorale », M. Manservisi a donné l'exemple d'une convention de financement qu'il vient de signer au Sénégal dans le cadre de l'Alliance mondiale pour la lutte contre le changement climatique.
APE. Marc Tarabella (S&D, belge) a demandé si les accords de partenariat économique entre l'UE et les pays africains étaient compatibles avec les ODD. Il a rappelé qu'en Afrique de l'Ouest, le Nigeria, la plus grande économie, n’a pas signé l'APE. En Afrique centrale, le Cameroun est le seul des 8 pays à l’avoir ratifié. En Afrique orientale et australe, l'APE est appliqué à titre provisoire dans 5 pays sur 11. En Afrique de l’Est, la Tanzanie a refusé de ratifier. M. Manservisi a dit ne pas savoir si les APE atteindront leurs objectifs, mais a affirmé qu'ils ont été conçus pour les pays à revenus intermédiaires pour qu'ils puissent continuer à bénéficier d'un accès libre de droits et de quotas au marché européen. Selon lui, « le Nigeria empêche le bon fonctionnement de la CEDEAO ». Et d'ajouter « dans le cadre de la zone de libre-échange panafricaine, nous invitons les pays à ne pas rejeter les APE. »
Cotonou post-2020. Les députés ont été informés des progrès dans la négociation du partenariat modernisé avec les pays ACP (EUROPE 12261/14).
Selon Koen Doens, directeur général adjoint à la Commission, « un accord a été quasiment trouvé » sur : - le développement humain et social ; - l'environnement et le climat ; - les droits de l'homme, la gouvernance et l'État de droit ; - la paix et la sécurité. Les négociations avancent bien sur le développement économique durable, la mobilité et la migration. Les dispositions générales concernant notamment le dialogue politique et les moyens financiers liés au futur budget de l'UE seront discutées après l'été. Les négociateurs en chef se retrouveront en septembre et fin octobre.
Ebola. Les députés ont été informés par Monique Pariat, directrice générale d'ECHO, de la réponse de l'UE à l'épidémie en RDC, avec 22 millions € déboursés en RDC et les pays voisins, depuis 2018. Le Centre européen de contrôle des maladies estime que le risque d'introduction du virus dans l'UE est faible, mais pas inexistant. Charles Goerens (ADLE, luxembourgeois) s'est réjoui que la réponse de l'UE ait été immédiate, contrairement à ce qui s'est passé en 2014 en Afrique de l'Ouest. Un débat aura lieu lors de la prochaine réunion de la commission, a indiqué Tomas Tobé. (Aminata Niang)