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Bulletin Quotidien Europe N° 12288
INSTITUTIONNEL / Allemagne

Ursula von der Leyen, des compétences et des controverses

Choisie par le Conseil européen, Ursula von der Leyen a quinze jours pour convaincre les eurodéputés de ses compétences pour diriger la Commission européenne. L’actuelle ministre allemande de la Défense part avec un certain nombre de compétences et quelques casseroles, y compris celles que son propre camp lui a accrochées aux basques.

Côté compétences, Mme von der Leyen est d’abord une européenne convaincue. La fille de Ernst Albrecht, baron de la politique locale allemande, mais aussi ancien fonctionnaire européen, est née à Bruxelles en 1958 et a commencé sa scolarité à l’école européenne. Passée par la London School of Economics et la faculté de médecine de Hanovre, elle allie les qualifications scientifiques et économiques. Outre l’allemand, elle est également anglophone et francophone.

Pour Henrik Enderlein, directeur de l’institut Delors à Berlin, il ne fait pas de doute qu’elle est « une Européenne impressionnante et qu'elle impressionnera beaucoup d’Européens », assure-t-il sur Twitter.

Ferme, déterminée, parfois cassante selon d’anciens collaborateurs, Ursula von der Leyen a déjà montré qu’elle était capable de mener des réformes de fond. C’est elle notamment qui a lancé le développement des crèches dans le pays et introduit le congé parental rémunéré (Elterngeld), y compris pour les pères, lorsqu’elle était ministre de la Famille dans le premier gouvernement Merkel.

Une mini-révolution sociologique en Allemagne, où près de 23% des bénéficiaires de ce congé parental sont désormais des hommes. Aristocrate, professeur de médecine et mère de sept enfants, elle est considérée en quelque sorte comme « la » ministre de la libération de la femme en Allemagne.

Mais la chrétienne-démocrate a échoué sur une réforme qui lui tenait à cœur lorsqu’elle était ministre du Travail : l’introduction de quotas de femmes dans les conseils d’administration des entreprises, une proposition rejetée par la frange conservatrice de son propre parti, la CDU. Elle ne fera pas avancer non plus le salaire minimum auquel elle est favorable. Cette réforme sera finalement validée par le troisième gouvernement Merkel, sous la pression du SPD.

Ministre de la Défense depuis décembre 2013, elle a, là aussi, un bilan contrasté. D’un côté, elle n’a pas hésité à donner un coup de pied dans la fourmilière en tentant de réformer les structures de l’armée.

Affectée à un ministère considéré comme le « siège éjectable de la politique allemande », « elle a montré un certain courage pour s’attaquer aux faiblesses internes de l’armée », estime Sophia Besch, spécialiste des questions de défense au Centre for European Reform, think thank libéral et atlantiste.

En revanche, l’étoile de celle qui a longtemps été considérée comme une dauphine d’Angela Merkel a commencé à décliner à la suite d’une série de scandales affectant l’armée. Les pannes à répétition des avions ou des chars allemands ridiculisent régulièrement l’armée allemande, alors que la Bundeswehr est toujours plus présente sur les terrains extérieurs, du Mali à l’Irak.

La qualité de son management est également mise en doute après des révélations sur l’allocation de contrats de plusieurs centaines de millions d’euros à des consultants surpayés. En décembre dernier, le Bundestag a mis une commission d’enquête en place sur la question.

Surtout, la ministre n’aura jamais réussi à se faire apprécier d’un état-major envers lequel elle n’a pas manqué d'adresser des critiques, notamment lors des révélations sur la complaisance de l’armée à l’égard des officiers d’extrême droite.

Pour l’heure, ses principaux adversaires sont les sociaux-démocrates allemands, qui s’opposent frontalement à sa candidature, au point que la chancelière a dû s’abstenir de voter en sa faveur au Conseil européen, faute de soutien des membres SPD de son gouvernement (EUROPE 12287/1).

Sa candidature « n’est pas ce que nous avions promis aux électrices et électeurs », s’est insurgée la tête de liste SPD et ancienne ministre de la Justice du même gouvernement, Katarina Barley. « Ursula von der Leyen est notre ministre le plus faible. C'est apparemment suffisant pour devenir chef de la Commission », a ironisé l’ancien président du Parlement européen et candidat malheureux à la chancellerie, Martin Schulz.

Au-delà de ces succès et casseroles, ce sont surtout les qualités politiques d'Ursula von der Leyen qui sont mises en doute par les analystes politiques, à Berlin. Bien que très proche d'Angela Merkel, elle a échoué à plusieurs reprises à convaincre les membres de son propre parti, la CDU, de défendre sa candidature pour les postes de ministre des Affaires étrangères, de présidente de la République allemande ou à la tête du parti. C'est ce manque de capacité à tisser des alliances dans son propre parti qui pourrait coûter cher à celle que les Allemands comparent souvent à Hillary Clinton. (Nathalie Steiwer)

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