L'accord du Conseil européen sur les nominations aux hautes fonctions européennes met à mal les discussions sur le programme de coalition des quatre principales familles politiques du Parlement européen (EUROPE 12287/1).
En effet, l’unité affichée jusqu'à présent par ces groupes a connu un sérieux accroc, dès mardi 2 juillet, au soir. Au nom du groupe Verts/ALE, le Belge Philippe Lamberts et l'Allemande Ska Keller ont fait part de leur déception sur le manque d’ambition écologique que traduirait le choix des personnalités chargées de diriger l'UE à l'avenir. Ils ont également critiqué l’absence d'écologistes dans ces hautes fonctions européennes, malgré les bons scores obtenus par ceux-ci aux élections européennes fin mai.
Cette déception a convaincu les écologistes de mettre en pause, pour l’heure, leur participation aux discussions. De ce fait, le groupe Verts/ALE met dans la balance son soutien à la candidate allemande du PPE à la présidence de la Commission, Ursula Von der Leyen.
Et ce mercredi, à Strasbourg, tant du côté de M. Lamberts que du Français Yannick Jadot, interrogés par EUROPE, c’était un 'non' ferme. Ce dernier a déploré un casting de personnalités faibles et sans engagement ferme sur l’action climatique au-delà des mots, alors que les élections du 26 mai ont démontré le besoin d’agir.
Les Verts ont, en tout cas, repoussé la demande de rencontre que leur a adressée Mme Von der Leyen, de passage à Strasbourg. Indisponibles ce 3 juillet, ils la rencontreront ultérieurement, probablement lundi 8 juillet, à Bruxelles, selon une source du groupe.
Les Verts veulent savoir si les groupes politiques PPE, S&D et Renew Europe entendent soutenir la candidate allemande sur la base de l’accord du Conseil européen. À ce stade, ils n’ont visiblement pas reçu de réponse. Mais à quoi bon alors poursuivre des discussions sur l'agenda stratégique qui ne font pas de l’écologie une condition du soutien à la candidate désignée à la présidence de la Commission ? - estiment les écologistes.
Nous ne « fermons pas la porte » aux discussions, a déclaré Philippe Lamberts, mais nous préférons faire « des économies d’énergie » si les autres groupes ne sont pas prêts à discuter, a-t-il commenté dans les couloirs du PE, mercredi après-midi.
Du côté des libéraux, on reconnaissait en effet « une incertitude sur le texte », comme l’a décrit Stéphane Séjourné (RE, français). Mais, pour lui, la volonté est toujours de bientôt aboutir à un texte de coalition, en théorie le 12 juillet, juste avant la tenue de l'élection au PE de Mme Von der Leyen.
« Si (les Verts) sortaient, ce serait une mauvaise décision, prise pour les mauvaises raisons », a-t-il estimé. Ce n’est pas parce que les Verts n’ont pas de postes à responsabilité qu’ils doivent oublier leur capacité à peser au sein de cette institution, a-t-il expliqué.
Un commissaire pour les Verts ?
Pourtant, pour Philippe Lamberts, c’est justement le choix pour un État membre de nommer à la Commission un commissaire écologiste qui pourrait faire la différence et démontrerait l'intégration du climat au cœur des enjeux du prochain cycle institutionnel.
Le coprésident estime qu’avec de la volonté politique, un écologiste pourrait être envoyé à Bruxelles depuis la Finlande ou la Suède, pays où les Verts sont au gouvernement. Mais, alors qu'il faudrait que les sociaux-démocrates fassent un geste dans l'octroi des portefeuilles, Philippe Lamberts doute que cette famille politique soit disposée à le faire.
Mercredi soir, les discussions sur cet agenda stratégique semblaient donc bien enlisées. Comment en sortir ? Certains au groupe PPE avaient leur petite idée : « Les Verts seront achetés », a imaginé une source de cette famille politique, rejointe d’ailleurs par un autre membre de la famille libérale.
Leur plan ? « Donner un commissaire aux Verts, car la fin justifie les moyens ». D'après ces sources, il s’agirait de Claude Turmes, ancien eurodéputé et ministre au Luxembourg. Interrogé par EUROPE, Philippe Lamberts n'a pas paru convaincu. Le gouvernement luxembourgeois a déjà fait savoir que son commissaire pour la Commission post-Juncker serait Nicolas Schmit (EUROPE 12280/16). (Solenn Paulic et Marion Fontana)