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Bulletin Quotidien Europe N° 12288
INSTITUTIONNEL / Parlement europÉen

Le social-démocrate David Maria Sassoli élu au perchoir du PE pour deux ans et demi

Il n’aura fallu que deux tours de scrutin aux eurodéputés pour élire, mercredi 3 juillet au matin, le social-démocrate italien David Maria Sassoli à la tête du Parlement européen.

Après un premier tour qui l’a opposé à l'Allemande Ska Keller, candidate des Verts/ALE, à l'Espagnole Sira Rigo, candidate de la GUE/NGL, et au Tchèque Jan Zahradil, du groupe CRE, le candidat italien a obtenu la majorité absolue des suffrages, avec 345 voix en sa faveur (la majorité était fixée à 334), devançant le conservateur tchèque, crédité de 160 voix, puis l’écologiste allemande, avec 119 voix et enfin l’Espagnole de la gauche radicale, avec 43 voix.

Ancien journaliste et homme de télévision, l’Italien de 63 ans, issu du PD, est arrivé au PE en 2009 et avait été élu vice-président en 2014. Avec son élection, c’est donc aussi l’accord passé ces derniers jours entre les chefs de gouvernement sur les nominations aux hautes fonctions européennes que les eurodéputés ont implicitement validé, les Vingt-huit ayant en effet conclu à Bruxelles que le perchoir du PE devait en partie revenir, pour deux ans et demi, au groupe S&D, puis au PPE.

Juste après son élection, David Sassoli s’est toutefois défendu d’être l’homme du Conseil et s’est posé comme un homme du PE dont il fera écouter les différentes sensibilités et passer le message, à commencer lorsque les élus auront à confirmer, dans deux semaines, la nomination d’Ursula Von der Leyen à la présidence de la Commission.

Une décision « qui a suscité beaucoup de débats au sein des groupes », a reconnu le président du PE, qui trouve normal que les groupes politiques puissent « exprimer leur jugement ». Par ailleurs, certaines réactions dans les groupes, mardi soir - une « vraie bronca » de l’avis de certains -, démontrent que le PE est « capable de faire des choix en toute autonomie ».

Est-ce à dire que les députés auront du mal à soutenir l’Allemande du PPE ? L’Italien n’y a pas répondu, mercredi, mais a exprimé, à titre personnel, sa déception quant au fait que le système des Spitzenkandidaten n’a pas été respecté. « Nous pensions que le système des 'lead candidates' était légitime ; or, il n’en est rien ; c’est l’apanage du Conseil ; donc, il faudra un dialogue au début de la législature pour améliorer les choses », a-t-il déclaré.

L’Italien a promis de rendre l’institution encore plus transparente et de la rapprocher davantage des citoyens et des acteurs politiques dans les États membres. Il a promis aussi de garder la porte du PE « toujours ouverte » aux ONG, alors que certaines d’entre elles militaient, ce 3 juillet à Strasbourg, pour la fin de la criminalisation des opérations de sauvetage de migrants (voir autre nouvelle).

Sur la migration, le nouveau président social-démocrate s’est d’ailleurs engagé à rappeler au Conseil ses responsabilités et son obligation d’agir, comme de « changer le règlement de Dublin ».

La méthode d’Iratxe García mise en cause

La candidature de David Sassoli, bien qu’approuvée sans énormes difficultés, mercredi matin, notamment par les groupes PPE et Renew, a, en tout cas, créé la controverse au sein même du groupe S&D.

Alors que le Bulgare et président du PSE, Sergueï Stanishev, était pressenti, il n’a finalement pas déposé de candidature. Selon plusieurs sources, c’est la présidente du groupe, l’Espagnole Iratxe García, qui aurait imposé d’elle-même la candidature de l’Italien avant même qu’une réunion de groupe n’en discute ; elle aurait déposé sans consultation son nom avant la date limite de dépôt.

Une décision qui a provoqué la grande colère de plusieurs délégations et qui a pu profiter à Ska Keller, qui a sans doute glané au passage des voix du S&D. La candidate des Verts/ALE avait en effet réalisé 133 voix au premier tour, puis 119, alors que le groupe ne compte que 74 élus.

Quatorze vice-présidents également élus

Mercredi, le PE a aussi élu ses vice-présidents. En tout, 17 candidats ont été présentés par les groupes politiques, 10 femmes et 7 hommes, pour seulement 14 places.

Ont été élus dès le premier tour tous les candidats PPE - à savoir : la Hongroise Livia Jaroka, l’Autrichien Othmar Karas, la Polonaise Ewa Bozena Kopacz, l’Allemand Rainer Wieland et l’Irlandaise Mairead McGuinness – ainsi que les trois candidats S&D : l’Allemande Katarina Barley, la Hongroise Klara Dobrev et le Portugais Pedro Silva Perreira.

Les deux candidats présentés par le groupe RE, l’Allemande Nicola Beer et la Tchèque Dita Charanzovà, ont aussi été élues dès le premier tour et chez les Verts/ALE, c’est la Finlandaise Heidi Hautala.

Dimitrios Papadimoulis (GUE/NGL, grec) et Marcel Kolaja (Verts/ALE, tchèque) ont obtenu la majorité nécessaire à leur élection lors du second tour. L’Italien Fabio Massimo Castaldo du Mouvement 5 étoiles, siégeant parmi les non-inscrits, a été élu à l'issue d'un troisième tour de scrutin qui s'est tenu par voie électronique. Zdzisław Krasnodębski (CRE, polonais) n'a pas été élu.

Les craintes formulées par le président du groupe Identité et démocratie (ID) au PE avant le vote se sont réalisées. Les deux candidates présentées par le groupe, l’Italienne Mara Bizzotto et la Finlandaise Laura Huhtasaari, n’ont pas été retenues.

« Si véritablement, vous considérez que cette assemblée est une assemblée démocratique, si véritablement vous voulez respecter la volonté des citoyens européens qui nous ont donné des millions de votes (…) soutenez les candidats que nous présentons parce que les minorités ont également le droit de se faire entendre », avait lancé Marco Zanni au Président du PE fraichement élu, ainsi qu’aux autres groupes politiques.

Entre les deux tours, Marco Zanni a finalement annoncé le retrait de la candidature de Mme Huhtasaari, ce qui a conduit à la réimpression des bulletins de vote et à un report du vote. Mécontents de la décision de procéder par voie électronique, les élus d'extrême droite ont quitté la salle avant le troisième scrutin.

Le PE a aussi validé la composition de ses commissions parlementaires (http://bit.ly/2LCRcQ3 ), déjà détaillée dans nos colonnes (EUROPE 12285/2). Jeudi 4 juillet, il lui restera à désigner ses questeurs. (Solenn Paulic et Marion Fontana)

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