Alors que reprennent les pourparlers sur fond d'annonces de conclusion imminente des négociations commerciales entre l’Union européenne et du Mercosur, le marché commun sud-américain, certains États membres et parties prenantes rappellent leurs inquiétudes sur les questions agricoles et environnementales.
« Les négociateurs en chef de l'Union européenne et du Mercosur se réuniront à Bruxelles à la fin de cette semaine », a annoncé, mercredi 19 juin, un porte-parole de la Commission européenne. Ils discuteront « des principales questions en suspens, parmi lesquelles certaines demandes clés de l'UE », a-t-il précisé.
De l'issue de cette réunion dépendra la convocation d’un cycle de négociation au niveau ministériel, les mercredi 26 et jeudi 27 juin, d’après une source proche des pourparlers.
La Commission européenne en a profité pour se féliciter de « l'engagement politique » du bloc sud-américain au cours des derniers jours et semaines, soulignant « partager cet engagement politique », tout en reconnaissant « qu’il reste encore du travail à faire. »
En effet, si, après vingt ans de pourparlers, certaines demandes clefs de l’UE semblent en bonne voie d’être entendues par le Mercosur, il s’agit maintenant de tempérer les attentes du bloc sud-américain en termes d’ouverture du marché agricole européen.
Agriculture, des attentes « irréalistes »
Ce sont en effet les propos du commissaire européen à l’Agriculture, Phil Hogan, qui s’exprimait la veille à Luxembourg sur l’état des lieux de ces pourparlers. Rappelant que l’UE est, dans ces négociations, « sur la défensive sur l'agriculture et à l'offensive sur les biens industriels », M. Hogan a reconnu qu'il s’agissait dès lors de « trouver un terrain d’entente avec les 'Mercosuriens' pour les amener à modérer leurs attentes en matière d’agriculture ». Si l’offre industrielle paraît effectivement alléchante aux Européens, « nous subissons bien sûr des pressions pour que l’agriculture paie (pour les ouvertures aux produits industriels) », a admis le commissaire irlandais.
M. Hogan a toutefois estimé que les demandes formulées par les pays du Mercosur « ne reflètent pas les sensibilités » de l'UE, notamment sur les questions des contingents de bœuf, de sucre, d'éthanol et de volaille. D’après lui, « le type de chiffres que les pays du Mercosur recherchent et les volumes correspondant à leurs attentes sont totalement irréalistes par rapport à ce que l'UE peut accepter ».
D’autres questions sont encore en suspens, a ajouté le commissaire, comme « quelques noms iconiques » d’indications géographiques, mais aussi les mécanismes de sauvegarde, l'environnement et les normes.
Montée au front de quatre États
Par ailleurs, tout au long de ces négociations, c’est le secteur agricole qui s’est fait le mieux entendre. Ces dernières semaines, il a à nouveau donné de la voix, tant au niveau des organisations et coopératives agricoles de l’UE (Copa-Cogeca) (EUROPE 12262/8) qu’à celui des ministres européens de l’Agriculture (EUROPE 12255/21).
Finalement, mardi 17 juin, le Premier ministre irlandais, Leo Varadkar, le Président français Emmanuel Macron, le Premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, et le Premier ministre belge, Charles Michel, ont, à leur tour, relayé les inquiétudes du secteur agro-alimentaire. Dans un courrier adressé au président de la Commission, Jean-Claude Juncker, ils expriment leur « profonde préoccupation » quant à la possible attribution aux producteurs sud-américains d’un contingent accru de viande bovine - le chiffre de 99 000 tonnes circule -, mais aussi quant au respect par ces pays des normes de bien-être animal, sanitaires, phytosanitaires et environnementales.
Respect des engagements climatiques
Une autre pierre d’achoppement, et non des moindres, est la question du respect de l’environnement et du climat, plus particulièrement par le Brésil du président Jair Bolsonaro (EUROPE 12150/17, 12177/11). Plusieurs chancelleries européennes, Paris en tête, ont en effet prévenu qu’aucun accord global ne pouvait être envisagé sans des dispositions claires sur le respect de l’Accord de Paris par le bloc sud-américain.
Si la Commission européenne s’est engagée à ce que le chapitre sur le commerce et le développement durable de l’accord garantisse que l’accord de libre-échange ne soit pas développé au détriment de l'environnement (EUROPE 12215/6), la société civile reste sceptique. Dans une lettre ouverte, publiée mardi 18 juin, plus de 340 ONG ont appelé à la suspension des pourparlers en raison de la détérioration des droits de l'homme et des conditions environnementales au Brésil.
Pour lire la lettre des États membres (EN) : https://bit.ly/2RnfsXe (Hermine Donceel)