Les vingt-huit chefs d'État ou de gouvernement de l'Union européenne aborderont, jeudi 20 juin au dîner, la question des nominations aux hautes fonctions européennes - présidences du Conseil européen, de la Commission européenne, du Parlement européen, de la Banque centrale européenne et Haut Représentant de l'UE aux Affaires étrangères et la Politique de sécurité. Ces discussions pourraient se poursuivre le lendemain.
Il n'est pas clair, à ce stade, si une nomination en paquet aura lieu lors du sommet. Malgré « les divergences de vues et d'intérêts », le président du Conseil européen, Donald Tusk, reste « prudemment optimiste » quant à la possibilité d'y parvenir, les leaders européens qu'il a consultés ayant exprimé leur détermination à décider avant la session constitutive du Parlement européen débutant mardi 2 juillet, date à laquelle l'assemblée européenne élira le successeur d'Antonio Tajani.
Si les nominations ne sont pas agréées à ce sommet, « on crée un narratif de situation de crise, exploité par les anti-européens en tout genre », a prévenu un diplomate national de haut rang, mercredi 19 juin. D'après lui, l'heure n'est pas à la convocation d'un nouveau sommet d'ici au 2 juillet, même si l'hypothèse d'une réunion extraordinaire, le 1er juillet, soit après le sommet du G20 au Japon, est évoquée. C'est possible, mais la fenêtre est « très étroite », a dit une source européenne, préférant une décision plus rapide.
Procéder rapidement au choix sur la présidence de la Commission permettrait aussi une mise en place rapide de cette institution européenne et d'éviter une Commission 'Juncker' en affaires courantes alors que le Brexit est supposé avoir lieu fin octobre, a noté un deuxième diplomate de haut rang.
Sur la question des noms, « toutes les options sont sur la table », a indiqué cette source européenne, faisant état d'une situation très « dynamique » d'ici au dîner de jeudi, en raison de l'intensité des consultations en cours. L'importance de respecter un équilibre politique, géographique et de genre accroît le nombre de combinaisons possibles.
Outre les discussions bilatérales et les échanges informels en marge du sommet, d'autres réunions préparatoires auront lieu lors des réunions préalables des familles politiques européennes. Les négociateurs désignés par les partis politiques européens PPE, PSE et ALDE se verront à nouveau jeudi et, avant le début du sommet, M. Tusk verra en conclave la chancelière allemande, Angela Merkel, et le président français, Emmanuel Macron.
Officiellement, les principales familles politiques pro-européennes maintiennent leur soutien à leurs candidats tête de liste ('Spitzenkandidaten') pour présider la Commission européenne. Les chrétiens-démocrates appuient l'Allemand Manfred Weber et les sociaux-démocrates, et visiblement aussi les Pays-Bas, le Néerlandais Frans Timmermans. La Danoise Margrethe Vestager semble avoir la faveur des libéraux, même si elle ne s'est officiellement déclarée candidate qu'après les élections européennes.
Mais les groupes politiques - PPE, S&D, Renew Europe, Verts/ALE - susceptibles de former une majorité pro-européenne au Parlement européen, qui souhaitent que le processus des Spitzenkandidaten soit préservé (EUROPE 12265/2), n'ont pas demandé à ce que M. Weber tente de rallier une majorité politique sur sa personne, contrairement à ce qu'ils avaient fait il y a cinq ans avec le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker.
De l'avis d'un troisième diplomate de haut rang, « le paquet de nominations procède du choix du président de la Commission européenne ». Il a rappelé que la personnalité qui sera suggérée pour présider la Commission, en tenant compte des résultats des élections européennes, devra recueillir « une majorité qualifiée au Conseil européen et une majorité absolue au Parlement européen ».
Reste à savoir si M. Tusk, pour forcer une décision, mettra à exécution son avertissement de procéder à un vote sur les nominations, comme il avait prévenu à Sibiu (EUROPE 12251/2). Mais l'Allemagne ne souhaite pas en arriver à un tel scénario. La France, pour qui le choix de la présidence de la Commission est le plus important, souhaiterait éviter un tel scénario, préférant un candidat avec lequel tout le monde est à l'aise ou, a minima, envers qui personne n'est hostile.
Agenda stratégique. À vingt-sept, les dirigeants européens adopteront leur agenda stratégique qui guidera les travaux des institutions européennes lors du prochain cycle institutionnel (EUROPE 12271/2, 12275/8).
« Cet agenda reflète les changements auxquels l'Europe et le monde ont été confrontés ces dernières années », selon M. Tusk, évoquant des enjeux plus récents tels que la protection des frontières de l'UE, l'avènement de l'ère numérique, l'importance pour l'Europe de s'affirmer face aux menaces intérieures et extérieures.
Il y a cinq ans, nous étions focalisés sur la crise de la zone euro, a décrypté cette source européenne.
La seule question que les Vingt-sept devront trancher concerne le niveau d'ambition de l'UE en matière de lutte contre les dérèglements climatiques et, notamment, la fixation éventuelle de l'objectif de neutralité climatique pour 2050 (EUROPE 12278/2).
Travaillant depuis une semaine sur ses propres priorités stratégiques pour le prochain cycle institutionnel, les groupes PPE, S&D, Renew Europe et Verts/ALE ne devraient pas parvenir à finaliser leurs travaux d'ici au sommet européen de jeudi.
Les négociations sur le programme politique entre les quatre groupes sont « au point mort », a indiqué une source parlementaire. Les leaders des quatre groupes ont ainsi annulé une réunion, mercredi 19 juin, censée faire le point sur les discussions.
Les divergences demeurent sur le contenu de la déclaration politique que ces groupes veulent adresser aux leaders européens pour peser dans le choix de la personnalité qui présidera la prochaine Commission européenne.
Au sein du PE, on fait également valoir que les positions de certains groupes ne sont pas totalement arrêtées, puisque leur constitution est en cours. En outre, si les Vingt-huit se donnent à nouveau rendez-vous pour un sommet européen extraordinaire consacré aux nominations, il reste du temps pour peaufiner les priorités stratégiques. (Mathieu Bion avec la rédaction)