Faute d’accord avec les ministres SPD de la coalition gouvernementale, la chancelière allemande, Angela Merkel, devrait, en principe, s’abstenir s’il y avait un vote au Conseil européen sur le futur président de la Commission européenne (EUROPE 12278/1).
Or, le secrétaire d’État aux Affaires européennes, Michael Roth, a encore rappelé cette semaine que son parti soutenait toujours le candidat social-démocrate, le Néerlandais Franz Timmermans.
Mercredi 19 juin, des sources proches du gouvernement allemand contournaient la question d’une abstention de la chancelière, expliquant que le futur président de la Commission européenne devrait « être approuvé par acclamation et par consensus au sein du conseil, non lors d’un vote à la majorité qualifiée ». « Choisir un président par une simple majorité qualifiée de la population européenne ne serait pas un bon signe pour l’avenir », faisaient-elles valoir.
Pour l’heure, les contacts se poursuivent entre les capitales et les proches du gouvernement s’attendent à un accord prochain entre Paris et Berlin, sans préciser autour de quel candidat. « Il est essentiel qu’il soit accepté par le Parlement européen, autour du programme stratégique en cours d’élaboration », notaient ces mêmes sources, pour qui « nous avons 100% de chances d’arriver à un accord » avant la session inaugurale du Parlement européen, le 2 juillet à Strasbourg. Et de rappeler que plusieurs sommets, y compris au niveau mondial, auront lieu d’ici là.
Au grand jeu de poker menteur qui va commencer jeudi soir autour du paquet de nominations aux hautes fonctions européennes, l’Allemagne cache encore ses cartes.
À ce stade, il est toutefois « peu vraisemblable que Manfred Weber puisse être choisi », a estimé Josef Janning, directeur du Conseil européen pour les relations extérieures (ECFR) à Berlin. Michel Barnier « est un bon candidat extérieur puisqu’il est tombé dans la 'potion magique européenne' et a fait ses preuves », a remarqué Almut Möller, également au ECFR. Pour autant, pourquoi brusquer le Parlement européen en contournant le processus des Spitzenkandidaten alors qu’en réalité, « ni l’Allemagne ni la France n’ont vraiment besoin d’un poste stratégique comme la présidence de la Commission, dans la mesure où elles sont déjà dominantes ? », a-t-elle analysé.
La stratégie allemande a toujours consisté à plutôt « favoriser le recrutement de personnes de qualité dans l’administration pour qu’elles arrivent au plus haut poste », a constaté Josef Janning.
Qui d’autre donc, que Manfred Weber, le candidat tête de liste des chrétiens-démocrates soutenu par Mme Merkel ? Pour le chercheur allemand, Franz Timmermans est bien placé pour plaire à l’Italie, à la Grèce ou au Portugal. Mais une candidature nordique surprise, « notamment balte », pourrait émerger pour équilibrer les forces politiques tout en contournant la question du soutien des pays « populistes », de l’Italie à la Pologne. D’autant qu’« il est plus important pour un petit État que pour un grand d’avoir un poste à forte visibilité », a constaté Josef Janning. (Nathalie Steiwer)