Le Premier ministre macédonien, Zoran Zaev, a mis en garde, mercredi 5 juin à Bruxelles, contre le risque de la montée du nationalisme et du radicalisme dans son pays, en cas de décision négative des États membres concernant l’ouverture des négociations d’adhésion à l’Union européenne.
Si les États membres ne donnent pas leur accord à cette ouverture, « cela va faire revenir le radicalisme et le nationalisme », a-t-il en effet prévenu lors d’une conférence de presse.
Selon M. Zaev, un refus européen signifierait la fin de son gouvernement, et la tenue d'élections anticipées. « Si l’UE ne donne pas suite (aux efforts macédoniens), le gouvernement sera détruit », a-t-il prévenu, rappelant qu’il avait promis, en échange du soutien des Parlementaires macédoniens aux changements constitutionnels, l’ouverture des négociations avec l'UE.
Des élections anticipées pourraient permettre l'arrivée au pouvoir de forces nationalistes ou pro-russes. « Les citoyens pourraient décider de soutenir les forces progressistes, pro-européennes, ou ceux qui ont bloqué tous les processus par le passé. Certains les appellent pro-russes, d’autres nationalistes ou radicaux. (…) Si le Conseil européen ne prend pas de décision, il y a de grandes chances que les citoyens soutiennent ces seconds », a mis en garde le premier ministre.
Selon lui, une décision négative aurait aussi des répercussions sur la crédibilité de l’Union européenne et ouvrirait un espace pour des acteurs tiers dans la région, sous-entendu la Russie ou la Chine.
Mais M. Zaev a voulu se montrer positif. D’après lui, lors de rencontres bilatérales, « tous les États membres sont très positifs » concernant son pays. C’est davantage la situation de la région qui préoccupe certains États membres, «comme l’Allemagne, la France et les Pays-Bas ». Ainsi, selon le Premier ministre, certains États membres s’inquiéteraient des répercussions de l’ouverture des négociations d'adhésion à l'UE avec Skopje, mais pas avec l’Albanie, notamment sur le Kosovo ou sur le dialogue entre le Kosovo et la Serbie.
Une décision pendant l'été?
Comme le président de la Commission européenne la veille (EUROPE 12268/12), M. Zaev a espéré obtenir une décision positive du Conseil en juin ou en juillet.
Si le Bundestag ne se prononce pas cette semaine sur la Macédoine du Nord et l’Albanie, le Conseil 'Affaires générales' du 18 juin ne pourra pas prendre de décision. Celle-ci pourrait intervenir en juillet, si le Parlement allemand s’exprime la dernière semaine de juin, ou être repoussée en octobre, si le Bundestag ne se prononce qu’en septembre.
Probable Allié avant la fin de l'année
Par ailleurs, M. Zaev a expliqué, lors d’une conférence organisée par le CEPS et qui a précédé la conférence de presse, que le processus de ratification du protocole d'adhésion de son pays à l’OTAN avançait bien.
Depuis le début du processus, le 6 février (EUROPE 12188/22), 14 pays ont ratifié le protocole d'adhésion de la Macédoine du Nord à l'OTAN et sur les 15 restants, « 5 ou 6 devraient le ratifier d’ici la fin juin », a-t-il expliqué.
Selon lui, si le rythme se poursuit, son pays pourrait devenir membre de l’Alliance début décembre 2019, une date qui correspondrait au sommet de l’OTAN, à Londres. (Camille-Cerise Gessant)