Damian Boeselager sera le premier représentant du mouvement citoyen paneuropéen Volt à siéger au Parlement européen, soit au sein des groupes Verts/ALE ou ADLE&R soit parmi les députés non-inscrits. Considérant que le processus des Spitzenkandidaten est un pas dans la bonne direction, il entend agir pour construire la démocratie européenne à long terme. (Propos recueillis par Damien Genicot)
Agence Europe - Quel a été votre sentiment lorsque vous avez appris votre élection ?
Damian Boeselager - C'était plutôt stressant et j'étais extrêmement heureux parce que je savais que c'était également important pour le mouvement de montrer qu'en deux ans environ, il était possible d'obtenir un siège au Parlement européen pour transmettre un message positif.
250 000 personnes ont voté pour moi en Allemagne, mais il y a aussi 250 000 autres personnes qui ont voté pour Volt avec le même programme, le même nom, à travers le continent.
[Volt comptait 146 candidats se présentant dans huit États membres différents - EUROPE 12250/6, NDLR].
Dans un sens, bien que ce ne soit pas vrai d’un point de vue juridique, cela signifie que, d’un point de vue émotionnel, je suis le premier parlementaire à être élu par des citoyens de différents pays d'Europe.
Quelles seront vos priorités pour la législature à venir?
Il y a trois piliers fondamentaux de notre programme que je vais essayer de réaliser.
Le premier est la réforme de l'UE, c’est-à-dire comment construire la démocratie européenne à long terme. Nous voulons notamment changer le système électoral pour le rendre plus équitable parce qu'en France, par exemple, vous avez besoin d’un million d’euros. Et en Italie, il faut recueillir 150 000 signatures. Il faut changer cela et si je peux travailler là-dessus, ce sera un énorme succès pour moi.
Le deuxième grand domaine est sans aucun doute la question de l’élaboration d’une politique industrielle durable, normative et tournée vers l'avenir, notamment en fixant le cadre d'un tournant énergétique européen qui permette de combattre le dérèglement climatique.
Le troisième serait de construire une société plus juste et plus durable. Cela inclut la question d'un système de migration européen, d'un système d'asile, mais aussi de la lutte contre le changement climatique avec la question des taxes sur le CO2, etc. Mais tout cela dépendra des commissions parlementaires dans lesquelles je siégerai.
Êtes-vous en train de négocier une adhésion au groupe Verts/ALE ou au groupe ADLE&R ?
Mes mandats de négociation sont bien avec ces deux groupes-là.
Au cours du week-end prochain, ce sera le mouvement, c’est-à-dire tous les membres de Volt en Europe, qui votera et décidera lequel de ces deux groupes nous allons rejoindre ou si nous allons rester indépendants.
La décision sera prise en grande partie sur la base du groupe au sein duquel nous pourrons le mieux mettre en œuvre nos politiques. C'est ce qui compte le plus.
Y a-t-il déjà une tendance qui se dessine ?
Non, je vous le dirais si c’était le cas. Les négociations sont en cours, donc je ne sais pas quelles seront les offres finales que je recevrai des deux groupes.
Êtes-vous favorable au maintien du processus des Spitzenkandidaten pour la course à la présidence de la Commission européenne?
Je pense que c'est un pas dans la bonne direction. Il s'agit évidemment d'une étape intermédiaire qui ne devrait pas être écartée trop facilement.
[Volt défend l’idée d’une Europe fédérale avec un gouvernement européen, dirigé par un Premier ministre élu par le Parlement et un président élu par les citoyens européens, NDLR]
Nous devons voir quelles sont les options à la fin. Mais oui, personnellement, je préférerais que le processus des Spitzenkandidaten soit respecté.
Volt plaide pour la création de véritables partis européens. De tels partis remplaceront-ils un jour les coalitions de partis nationaux qui forment actuellement le Parlement européen ?
Nous avons de facto créé un parti européen.
Nous sommes les premiers à le faire. Les gens s'identifient aux partis et ensuite à la politique au niveau européen. Le fait est que les liens entre les différents États membres sont extrêmement forts. Les gens sentent bien que les chefs d’État ou de gouvernement des autres pays européens ont une influence sur leur vie sans qu’ils puissent rien y faire puisqu’ils ne peuvent pas voter pour eux.
Nous devons, d'une manière ou d'une autre, régler ces problèmes démocratiques. Selon nous, chaque électeur devrait pouvoir voter pour n’importe quelle personne qui se présente au Parlement européen et ce parlement devrait élire une personne, une sorte de Premier ministre, qui puisse traiter les questions qui sont européennes.
Quelle est la prochaine étape pour Volt ?
D’une part, nous allons maintenant nous concentrer sur un grand nombre d'élections locales à venir. D’autre part, nous allons aussi renforcer la personnalité du mouvement, ce qui signifie que nous nous mobiliserons au niveau local ou régional autour des questions que l'équipe locale identifiera comme essentielles, quelles qu'elles soient. Cela peut aller de la pauvreté des personnes âgées à la gestion des déchets.
L'un des points majeurs de notre identité est que nous sommes des organisateurs communautaires dans le sens que nous fournissons aux gens un espace pour identifier les problèmes de leur communauté, les aborder et faire pression pour les améliorer réellement.
C'est l'un des piliers fondamentaux de notre mouvement. D'un côté, nous sommes un mouvement politique parce que nous voulons entrer en politique et changer la façon dont la politique s'y fait, mais nous voulons aussi changer la politique en exerçant des pressions sur les responsables politiques actuels.