Après avoir été, pendant cinq ans, les figures de l'exécutif européen, cinq commissaires vont se retrouver cette fois de l'autre côté, chargés de faire adopter des textes législatifs, qu'ils auront parfois eux-mêmes proposés.
C'est notamment le cas du premier vice-président de la Commission européenne, Frans Timmermans, qui, s'il n'accède pas à la tête de la Commission, siègera au sein du groupe S&D au Parlement européen. Dimanche 26 mai, le Parti travailliste (PvdA) est en effet arrivé en tête aux Pays-Bas avec 18,90 %, obtenant 6 sièges.
Élu sur la liste du Parti de la réforme qui a obtenu 26,20 % en Estonie, le commissaire européen chargé du Marché unique numérique, Andrus Ansip, siègera au sein de l'ADLE.
L'ancien Premier ministre d'Estonie avait déjà fait ses premiers pas en politique au niveau européen en tant que député européen en 2014, pour une très brève période, avant de prendre son poste de commissaire.
Début mai, il prévoyait déjà son élection probable, rappelant que le nouveau gouvernement estonien, associé à un parti d’extrême droite, ne s’est pas construit avec le parti libéral dont il est issu et que ce serait un représentant du gouvernement qui serait envoyé à la Commission (EUROPE 12254/29).
Le commissaire européen aux Services financiers, Valdis Dombrovskis, fait lui aussi son grand retour au PE. Tête de liste pour le parti conservateur Nouvelle Unité, qui a obtenu 26,24 %, il siègera dans les rangs du PPE.
La benjamine de la Commission européenne, Mariya Gabriel, qui a hérité de l'Économie numérique, avait déjà fait ses armes au PE de 2009 à 2017. Représentant le parti au pouvoir en Bulgarie, le GERB qui a obtenu 30,94 %, elle siègera au sein du PPE.
Enfin, la commissaire à la Politique régionale, Corina Creţu, a été élue sur la liste Pour la Roumanie (Pro Romania) qui a obtenu 6,7 % des suffrages aux élections européennes.
La commissaire, qui est no 2 sur la liste, avait décidé, après 30 ans en tant que membre, de claquer la porte du Parti social-démocrate (PSD) à la suite des nombreux scandales et dérives autoritaires de son parti (EUROPE 12262/2, 12243/11). Elle siègera au sein du S&D, tandis que Victor Ponta, ancien Premier ministre roumain, siègera au sein du CRE.
Il sera particulièrement intéressant de suivre ses votes sur les différentes propositions législatives pour la politique de cohésion post-2020 qu’elle a mise sur la table en tant que commissaire. La question des conditions macroéconomiques sur les fonds structurels et d’investissement sera un des points à examiner en particulier. Certes, le PE l’a retiré de sa position (EUROPE 12193/2), mais le Conseil pourrait bien le maintenir (EUROPE 12235/1).
Si elles ont fait campagne pour l’ADLE, les commissaires au Transport, la Slovène Violeta Bulc, et à la Concurrence, la Danoise Margrethe Vestager, sont les seuls membres de l’équipe 'Europe' de l’ADLE à ne pas s’être présentés dans leurs pays pour leur parti national (EUROPE 12219/3).
Pour la commissaire à la Justice, Vĕra Jourová, c’est un second mandat à la Commission qui se profile. Lundi 27 mai, le Premier ministre tchèque, Andrej Babiš, a confirmé que son parti soutiendrait Mme Jourová pour le poste de commissaire européen.
Il a néanmoins indiqué qu'il préférerait que son pays obtienne un portefeuille différent, par exemple celui du Marché intérieur. La question doit être discutée avec les sociaux-démocrates, partenaires de coalition, selon une source européenne, qui était plutôt optimiste.
Les cinq commissaires européens élus vont devoir à présent quitter leurs postes pour rejoindre leurs sièges au PE. Selon une source européenne, la succession pour assurer les postes intérimaires sera l'objet de discussions mardi 28 mai au Conseil européen, où Jean-Claude Juncker devrait consulter les États membres. (Marion Fontana avec Pascal Hansens et Camille-Cerise Gessant)