Dimanche 26 mai dès 18h00, l’atmosphère collégiale qui règne dans les rédactions présentes au Parlement européen devient studieuse, signalant le lancement officiel de la couverture des élections européennes. En équipe, on se répartit les tâches, on balaie du regard les écrans, mais surtout, on est focalisé sur les chiffres qu’on passe au peigne fin.
Un ancien député européen croisé aux abords de l’hémicycle et habitué des couloirs bruxellois n’a pas manqué l’occasion de scruter l’événement qui contraste décidément avec ce qu’il a connu. Il se souvient de l’élection « effervescente » de 1989, admettant à demi-mot qu’il s’agissait plus d’une ‘fête électorale’ où les députés avaient, par exemple, droit au champagne à volonté.
Qu’importe si l’ambiance est devenue plus protocolaire au fil du temps, en 2019 comme pour les années précédentes, on est surtout ici pour « l’ambiance et l’immédiateté ». On se retrouve aux portes de l’hémicycle pour ‘vivre la soirée’ au plus près avant de s’affairer de nouveau.
Les festivités sont lancées place du Luxembourg, en face du Parlement, où les jeunes professionnels - souvent des habitués - viennent aussi bien pour se retrouver autour des concerts que pour suivre les résultats. L'ambiance bon enfant contraste avec les attentes mitigées des résultats. Bien souvent, c’est le paysage national qui est scruté en premier, en particulier chez un groupe d’Italiens pour qui les élections européennes sont indissociables des élections législatives de l’année dernière ayant porté Matteo Salvini et Luigi Di Maio au pouvoir, symptôme d’une percée eurosceptique annoncée.
« On fait une sorte de suivi », dit Erica qui « redoute Salvini » au niveau national, car, pour l’Europe aussi, « il y aura des conséquences dangereuses puisqu'il voudra y refléter sa politique ». Et de souligner que la Lega ne s’aligne pas avec les objectifs européens, « pas même en matière de plan climat ».
Le débat autour des candidats têtes de liste ('Spitzenkandidaten') des partis politiques européens soulève des réactions contrastées dans l’ambiance musicale. Victor, Belgo-autrichien, trouve qu’il faut respecter ce processus, alors que Monica, italienne, estime qu'il est « vendu comme de la démocratisation », sans pour autant « répondre à une véritable offre politique ». Finalement, elle aspire à un « candidat du compromis », par crainte que la nomination d’un Allemand à la tête de la Commission donne des arguments aux eurosceptiques qui réprouvent souvent une « Allemagne trop forte » en Europe.
Cette année, sur l’esplanade, l’éclosion d’une poignée d’associations de la société civile pour les élections est une nouveauté. Des Européens convaincus, mais critiques, sont présents, notamment parmi le Mouvement fédéraliste européen.
À côté des écrans et des stands, le débat continue dans des tentes. Le panel de discussion conjoint du projet d'observation des élections du Forum des étudiants - AEGEE - avec l'Institut international pour la démocratie et l’assistance électorale (International IDEA) fait apparaître les deux axes privilégiés dans les débats cette année : l’implication de la jeunesse européenne, mêlée aux objectifs de démocratisation de l’Union européenne.
Nous souhaitons plus d’implication des jeunes, car c’est « un corollaire direct du futur de la démocratie », proclame un représentant.
Sur les écrans s’affiche une première estimation cruciale : la participation est au plus haut depuis 20 ans (EUROPE 11264/3). La foule applaudit de joie, comme si elle avait rallié quelques alliés, « peu importe leur bord politique ». C’est un signe encourageant pour l’Europe.
Comme beaucoup d’autres, une famille brandit des drapeaux européens. Enthousiaste, elle incarne 'a Brussels family', pour qui il est important de saisir l’atmosphère, d'autant qu’il y a un « combat autour de l’Europe ». L'un de ses membres, Anna, 14 ans, est déjà impatiente à l’idée de voter. Elle est contrariée du peu, selon elle, que représentent les quelque 50 % de l'électorat qui s’est présenté aux urnes. Anna ressent que la jeunesse a « plus à dire cette année ». L’engouement autour du climat en est l’illustration et « plus tu l'exprimes, plus ça va changer », a-t-elle estimé.
Place du Luxembourg, l’Europe a bel et bien vibré. Reste à savoir si ces élections résonneront au-delà de la nuit électorale. La réunion du Conseil européen, ce mardi, s’annonce comme le début du véritablement captivant « game of thrones » européen. (Martin Molko - stagiaire)