Quelque 7,9 millions de Hongrois seront appelés à voter ce 26 mai aux élections européennes et le parti Fidesz de Viktor Orbán pourrait ressortir encore plus fort du scrutin européen, selon les dernières projections.
Ces dernières donnaient, jeudi 23 mai, 13 sièges à ce parti toujours affilié au Parti populaire européen (PPE), devant le parti Jobbik d’extrême droite avec 3 sièges, les socialistes du MSZP-Párbeszéd (2 voix), le DK-Democratic coalition (2 voix) et Momentum affilié à l’ADLE avec 1 siège.
En 2014, le Fidesz avait envoyé 11 députés à Bruxelles et Strasbourg sur les 21 élus hongrois. Un tel résultat serait donc une bonne nouvelle pour le dirigeant hongrois, suspendu le 20 mars dernier du PPE (EUROPE 12218/8), même s'il était il y a peu crédité de 14 sièges.
Cette campagne aura en tout cas été marquée par les thèmes de prédilection du Premier ministre, à savoir la lutte contre l'immigration illégale, mais aussi les choix du PPE de se tourner, selon Viktor Orbán, vers la gauche libérale promigration.
Jeudi 23 mai, le porte-parole du gouvernement, István Hollik, assurait encore que « ce n’est pas [George] Soros et son argent qui décideront du résultat des élections ». Il répondait aussi à Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, qui, dans une interview à CNN le 22 mai, a qualifié de « stupides » les nationalistes ou populistes. Le porte-parole a mis ces propos sur le compte de « l’élite promigration à Bruxelles », qui ne défend pas « les peuples d’Europe et leur sécurité ». Le 26 mai sera, à ce titre, une « excellente occasion » de faire partir tous les partis européens promigration, a-t-il ajouté.
La question du Parquet européen
Cette campagne en était-elle vraiment une ? Récemment, l’ex-ministre hongrois, Balint Magyar, expliquait à quel point la concentration excessive des médias hongrois (près de 80 % des médias hongrois sont sous la coupe du gouvernement) empêchait l’opposition de se faire entendre. Celle-ci n’est pas non plus unie face à Viktor Orbán (EUROPE 12251/7). Une ONG hongroise a aussi, ces derniers jours, dénoncé l'élection législative « falsifiée » d'avril 2018, lors de laquelle le Fidesz avait obtenu la majorité des deux tiers.
Malgré ce contexte, chaque parti a fait campagne. Du côté des socialistes de l’alliance MSZP-Párbeszéd, elle s’est axée sur les inégalités sociales et sur l’accès aux soins de santé et à l’éducation dont les standards doivent être revus à la hausse. Avec son slogan « Homeland.Love.Europe », le parti propose aussi un salaire minimum européen et demande que le pays adhère au Parquet européen chargé de lutter contre les fraudes au budget européen.
Le parti socialiste libéral Democratic Coalition (DK) de l’ancien Premier ministre Ferenc Gyurcsány envisage, lui, une Europe fédérale et des « États-Unis d’Europe ». Il propose aussi un soutien européen à la famille, un revenu minimum européen et une pension minimale européenne.
Guy Verhofstadt sur le terrain
Le sujet du Parquet européen a aussi été défendu le 23 mai par Guy Verhofstadt (ADLE, belge), le chef de file des libéraux au PE, en campagne en Hongrie aux côtés de la tête de liste du parti Momentum, Katalin Cseh. Ce parti, apparu en 2017, est considéré comme le parti le plus proeuropéen de Hongrie. Il défend notamment une politique ambitieuse pour la jeunesse avec un programme Erasmus encore plus développé et davantage de fonds européens pour les hôpitaux, les écoles et les lieux de travail, selon une description donnée par le média Hungary Today.
Le parti est aussi en faveur de davantage d’intégration européenne et de listes transnationales à partir de 2024. L’émigration, à l’opposé du Fidesz, est un souci de préoccupation et le parti veut convaincre les Hongrois partis travailler à l’étranger de revenir dans un pays aux conditions sociales améliorées.
À côté de ces partis, le Jobbik, qui arriverait donc en 2e position, concentre son programme sur la lutte contre l'immigration et le maintien des Hongrois dans le pays ; il s’en prend aussi à la politique du gouvernement, auteur, selon lui, de « fake news » et ayant détruit la liberté de la presse.
Le Jobbik demande, lui aussi, que la Hongrie rejoigne le Parquet européen pour protéger les fonds européens, mais aussi pour lutter contre les fraudes auxquelles se livrent les amis et proches de Viktor Orbán. Il conteste au gouvernement Orbán l’idée selon laquelle cette question relèverait de la souveraineté hongroise. (Solenn Paulic)