Le Parti populaire européen (PPE) a décidé, mercredi 20 mars, après plus de trois heures de discussions de suspendre le dirigeant du Fidesz et Premier ministre hongrois, Viktor Orbán. La décision, annoncée par le président du parti, Joseph Daul, qui avait mis sa démission dans la balance, prend « effet immédiat et jusqu’à nouvel ordre », a dit ce dernier sur Twitter. Les délégués ont approuvé cette décision par 190 voix contre 3 (261 délégués pouvaient voter au total).
Cette proposition de suspension se traduit par un gel des droits de vote du Fidesz, l'impossibilité de présenter des candidats à des postes du PPE et l’impossibilité d’assister aux réunions du PPE. La décision du PPE est aussi de soumettre M. Orbán à un respect de certains critères (ne pas porter atteinte à l’image et aux valeurs du PPE, par exemple via des campagnes d’affichage, ou clarifier sa position sur le sort de l’Université d’Europe centrale et le respect de principes comme la liberté académique), mais aussi de mettre en place un comité d’évaluation – un comité des sages, en quelque sorte – qui établira un rapport sur le respect, par la formation hongroise et son dirigeant, des principes du PPE et des principes de l’État de droit.
Ce comité d’évaluation sera piloté par trois personnalités, dont l’ancien président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, l’ancien président du PE, Hans Gert Pöttering, et l’ancien chancelier autrichien, Wolfgang Schüssel, connu pour avoir eu quelques délicatesses avec l’extrême droite autrichienne et avoir été, lui aussi, suspendu lors de son rapprochement avec le FPÖ de Jorg Haider en 2000.
Dans la journée, l’entourage de l’homme fort du Fidesz avait un temps fait peser la menace d’un départ volontaire de Viktor Orbán, si une décision d'exclusion ou de suspension était prononcée. Par la suite, le dirigeant hongrois a contesté le compromis et essayé de modifier la rédaction en réussissant à acter le fait que cette décision de suspension temporaire était prise d’un commun accord entre le PPE et le Fidesz.
Confronté à un choix difficile du fait de ses ambitions à la tête de la Commission européenne, l’Allemand Manfred Weber a indiqué, à l’issue du vote, que l’hypothèse de l’exclusion du parti hongrois de la famille restait « toujours sur la table ». L'Allemand s'est dit « fier » de ce résultat et a annoncé qu'il pourrait maintenant vraiment « commencer la campagne » électorale.
Le dirigeant hongrois devait donner une conférence de presse dans la soirée, tout comme le PPE plus tard. Reste à voir maintenant ce que diront les 13 partis nationaux à l'origine de la procédure, qui, pour rappel, portait sur une exclusion ou une suspension. EUROPE y reviendra. (Solenn Paulic)