À deux semaines des élections européennes, les vingt-sept dirigeants de l'Union européenne ont entamé leur réflexion sur les priorités stratégiques de l'UE pour les cinq ans à venir, jeudi 9 mai, fête de l'Europe, lors d'une réunion informelle à Sibiu (Roumanie). Objectif : montrer aux citoyens que la volonté d'avancer ensemble est plus forte que les querelles internes et les incertitudes géopolitiques, comme le Brexit.
Nous avons eu « une discussion sur les priorités de l'Union européenne pour les années à venir », qu'il s'agisse des « défis intérieurs ou globaux dans un monde qui ne cesse d'évoluer », a déclaré le président du Conseil européen, Donald Tusk, à l'issue de la réunion.
Pour sa part, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a relevé « une unité, non pas de façade, mais solide » parmi les Vingt-sept. Selon lui, la réunion informelle a servi de « galop d'essai » en vue du sommet de juin, tant pour l'adoption de l'agenda stratégique que pour le processus de nominations aux hautes fonctions européennes (EUROPE 12251/2).
Basée sur un projet transmis au préalable aux États membres (EUROPE 12247/1), cette première discussion alimentera la réflexion de M. Tusk qui soumettra, au début du mois prochain, un projet plus détaillé en vue de l'adoption de l'agenda stratégique 2019-2024 par le Conseil européen de juin. Cet agenda constituera une source d'inspiration pour le futur président de la Commission européenne lors de l'élaboration de son programme de travail.
Pour rappel, les priorités stratégiques soumises par M. Tusk aux États membres sont : - protéger les citoyens européens et les libertés publiques ; - moderniser le modèle économique de l'UE ; - bâtir un avenir plus durable et plus juste ; - promouvoir les intérêts de l'Europe dans le monde.
Un commissaire européen à l'État de droit
Devant la presse, la question du respect de l'État de droit a plusieurs fois été évoquée, notamment sur les réformes controversées du gouvernement social-démocrate roumain, sur lesquelles les Roumains devront s'exprimer lors d'un référendum convoqué le jour des élections européennes par l'hôte même du sommet, le président roumain Klaus Iohannis (EUROPE 12243/11).
« La Roumanie mérite une attention poussée », a jugé M. Juncker. Pour M. Tusk, il est clair que le respect de l'État de droit doit être « un principe fondateur de notre action politique » et « figurera dans notre agenda stratégique ». Certains États membres préconiseraient la création d'un poste de commissaire dédié au respect de l'État de droit et des valeurs démocratiques dans l'UE.
Agir pour le climat
Autre dossier incontournable du futur agenda stratégique : la lutte contre les dérèglements climatiques. La pression constante de la jeunesse et de la société civile, qui ont d'ailleurs défilé jeudi à Sibiu, semble porter ses fruits : huit États membres ont demandé à l'UE d'être encore plus ambitieuse pour accélérer le pas vers la neutralité carbone d'ici à 2050 (EUROPE 12250/2).
Certes, M. Juncker a exprimé sa « sympathie » pour cette démarche. Mais celui-ci a rappelé qu'avant de fixer un objectif à très long terme, l'UE se devait déjà de respecter celui fixé à l'horizon 2030. Et ce n'est pas chose faite. Sur l'ambition climatique, « il y a toujours, c'est vrai, des divergences » parmi les Vingt-sept, a reconnu M. Tusk.
Au contraire, pour le président français, Emmanuel Macron, « un consensus existe pour dire que le climat doit faire partie de l’agenda pour l’Europe ». Il propose de mettre en place une banque du climat et de fixer un prix minimum du CO2 en Europe.
Instauration d'un salaire minimum
Par ailleurs, l'UE devra, toujours selon le président français, « bâtir le modèle de croissance et social de demain ». Un modèle qui rejette le 'dumping social', a-t-il expliqué, grâce à l'instauration d'un salaire minimum dans tous les États membres.
La chancelière allemande, Angela Merkel, a insisté sur la compétitivité européenne et la capacité de l'Union à s'adapter aux mutations technologiques. « L'Europe devra imposer sa perspective dans le domaine de la numérisation », a-t-elle souligné, faisant aussi de cette question un enjeu de « souveraineté ».
Dix engagements
Très vite, plus tôt dans la journée, les Vingt-sept avaient adopté, sans modifier le projet de texte qui leur était soumis, la Déclaration de Sibiu qui énonce dix engagements censés guider leur action à l'avenir, mais relativement convenus (EUROPE 12247/1).
Devant la presse, M. Iohannis s'est réjoui du « message positif » envoyé sur la volonté des États membres d'avancer sur des principes clairs, espérant que ce message atteindra « le plus grand nombre de citoyens européens ».
Ne réservant pas de réelle surprise, la Déclaration de Sibiu réaffirme la volonté des Vingt-sept de « rester unis envers et contre tout », de « parler d'une seule voix », de continuer à « protéger notre mode de vie, la démocratie et l'État de droit ». Se donnant les moyens de ses ambitions, l'UE interviendra « là où cela compte le plus », continuera à réduire les disparités et à aider les plus vulnérables en Europe, « faisant passer les hommes et les femmes avant la politique ».
Plusieurs dirigeants, dont Mme Merkel, ont insisté sur la puissance des symboles : le 9 mai marque l'anniversaire de la Déclaration Schuman, et 2019 le quinzième anniversaire de l'élargissement à dix pays d'Europe centrale et orientale ainsi que le trentième anniversaire de la chute du Mur de Berlin.
Élections européennes
Difficile à dire si ces évocations suffiront à mobiliser en vue des élections européennes. « Ne vous laissez pas voler l’Europe ! », a lancé M. Macron en direction de la jeunesse qui pourrait s'abstenir en masse, fin mai.
Il a évoqué la jeunesse britannique qui, insuffisamment mobilisée lors du référendum sur le Brexit de juin 2016, s'est « réveillée, le lendemain, avec la gueule de bois ». Et de proposer aux électeurs une « alternative très claire : construire ensemble [...] ou déconstruire l'Europe et revenir au nationalisme ».
Voir la déclaration de Sibiu : http://bit.ly/2VRY81b. (Mathieu Bion avec Lucas Tripoteau)