La Haute Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini, et les ministres des Affaires étrangères des pays de l’E3 (Allemagne, France et Royaume-Uni) ont exhorté, jeudi 9 mai, l’Iran à respecter ses engagements dans le cadre de l’accord nucléaire (EUROPE 12250/16).
Soulignant leur « vive préoccupation » concernant la déclaration de l’Iran de la veille, la Haute Représentante et les ministres appellent l’Iran, dans une déclaration commune, à « continuer à honorer pleinement ses engagements au titre du Plan d'action conjoint comme il l'a fait jusqu'à présent et de s'abstenir de toute escalade ».
« Nous rejetons tout ultimatum », préviennent-ils, alors que Téhéran leur a donné 60 jours pour remplir leurs obligations notamment dans les secteurs bancaire et pétrolier. Ils précisent cependant qu’ils restent déterminés à poursuivre leurs efforts pour permettre la poursuite du commerce légitime avec l'Iran, y compris par l'opérationnalisation de l’Instex.
« Nous attendons également de l'Iran qu'il continue d'adhérer aux formats et mécanismes établis du Programme d'action conjoint, y compris la Commission mixte du Programme d'action conjoint », ajoutent Mme Mogherini et les ministres.
Les Européens annoncent aussi qu’ils vont évaluer le respect des engagements iraniens dans le domaine nucléaire au titre du Plan d'action conjoint et du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) et rappellent le rôle essentiel de l’Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) dans cette vérification.
Malgré l’annonce iranienne, qui fait suite aux décisions américaines, les Européens rappellent qu’ils sont, de leur côté, pleinement attachés à la préservation et à la mise en œuvre intégrale du Plan d'action conjoint, « une réalisation essentielle de l'architecture mondiale de non-prolifération nucléaire, qui est dans l'intérêt de la sécurité de tous ».
La Haute Représentante et les ministres appellent aussi les pays non-parties à l’accord à s'abstenir de prendre des mesures qui entraveraient la capacité des autres parties à honorer pleinement leurs engagements et soulignent regretter les nouvelles sanctions américaines. Le président américain, Donald Trump, a annoncé, juste après la décision iranienne, de nouvelles sanctions concernant le fer, l’aluminium et le cuivre iranien.
L’Iran s’invite au sommet de Sibiu
Selon une source européenne, la Haute Représentante a profité de la présence des chefs d’État ou de gouvernement au sommet de Sibiu pour les informer de la situation.
À leur arrivée, plusieurs d’entre eux ont fait part de leur préoccupation. Le président roumain, Klaus Iohannis, et son homologue lituanienne, Dalia Grybauskaitė, ont fait part de leur préoccupation. « L’accord doit être sauvé. C’est un bon accord, un accord juste », a expliqué le premier, quand la seconde a estimé qu’il fallait voir ce que l’Europe peut faire. « Si l'Iran se retire totalement [du Plan], nous reviendrons à la situation que nous avions il y a quelques années », a prévenu Mme Grybauskaitė.
La chancelière allemande, Angela Merkel, a plaidé la diplomatie. « Nous connaissons nos limites, mais si l’Europe parle d’une seule voix, nous aurons une meilleure chance de trouver des solutions », a-t-elle ajouté devant la presse, à l'issue du sommet.
Tout en souhaitant, comme son ministre des Affaires étrangères, que l’Iran reste dans l’accord, le président français, Emmanuel Macron, a une nouvelle fois plaidé pour que l’accord soit renforcé de sorte à prendre en compte la situation post-2025, les activités balistiques de l'Iran et ses activités dans la région. « En aucun cas le démantèlement de l'accord ne nous permettrait d'aller dans ce sens », a-t-il souligné. Le président a aussi estimé qu'il était « erroné » de dire que les Européens étaient « impuissants », jugeant notamment que, si Téhéran était toujours dans l'accord même après le retrait américain, c'était en raison des mesures européennes. M. Macron a également plaidé pour que l'euro devienne une vraie monnaie alternative au dollar. « Le jour où on aura fait cela, aucune entreprise ou banque européenne n'aura peur d'aller faire du commerce en Iran » sans risquer de subir des sanctions américaines extraterritoriales, a-t-il souligné. (Camille-Cerise Gessant, avec Mathieu Bion)