Les États membres de l'Union européenne semblent peu à peu abandonner la volonté de garantir « l’indépendance » d’accès à l’espace à l’Union européenne pour lui préférer une forme « d’autonomie », selon une version récente et non définitive des conclusions du Conseil de l'UE dédiée au secteur spatial, consultée par EUROPE jeudi 9 mai.
Dans une version datée du 6 mai des conclusions du Conseil intitulées ‘Space as enabler’ (‘L’espace en tant que facilitateur’), les États membres reconnaissent « qu'il est nécessaire que l'Europe conserve un accès à l'espace sûr, autonome, fiable, rentable et abordable, contribuant ainsi à un secteur spatial européen innovant et compétitif et renforçant le rôle mondial de l'Europe ». Or, jusque dans une version datant du 25 avril, figurait l’adjectif « indépendant » aux côtés du terme « autonome ».
Sa suppression aurait reçu le soutien de la plupart des délégations nationales à l’exception de la France et de la Belgique, qui auraient bataillé pour maintenir le terme « indépendant ». Une source explique que le choix de cette suppression n’est pas anodin, il s’agit de confirmer le caractère stratégique du secteur spatial et des lanceurs pour l’Europe au-delà des logiques économiques.
« L’autonomie, c’est la capacité ‘théorique’ d’accéder à l’espace seuls, alors que l’indépendance va plus loin et signifie qu’on est capable et on ne compte sur personne pour accéder à l’espace », selon cette même source. « Sans accès indépendant à l’espace, l’Europe ne saurait réellement prétendre au rang de puissance spatiale. »
Par ailleurs, les États membres ont biffé plus loin la notion d’une industrie spatiale « compétitive commercialement » (‘commercially competitive’) au profit d’une industrie spatiale « ouverte aux autres secteurs » (‘open to other sectors’). « Cela montre une sensibilité assez faible aux spécificités du secteur industriel au regard des concurrents américains, chinois, russes, etc. », estime notre source, qui pointe du doigt le risque d’un niveau de commandes publiques intérieur trop bas pour permettre au secteur spatial d’être compétitif sur le plan international. « Si l’industrie n’arrive plus à exporter, ça ne servira pas à grand-chose que le secteur spatial européen soit 'ouvert aux autres secteurs', car il n’en restera alors plus grand-chose…», conclut notre source.
La préférence européenne, sans dire son nom explicitement, est une approche prônée par la Commission européenne depuis la publication de sa stratégie en octobre 2016, en souhaitant agréger les commandes institutionnelles pour donner de la visibilité et de la sécurité au secteur du lancement spatial (EUROPE 11655/9). Le rôle de la Commission, toutefois, a pu paraître ambigu, celle-ci s’affichant avec des acteurs clés américains du secteur spatial, envoyant à l'industrie européenne des signaux parfois contradictoires (EUROPE 12100/17).
Les conclusions ont été discutées une nouvelle fois lors d'un groupe de travail au Conseil, mercredi 8 mai. L'issue des discussions ne nous était pas encore connue à l'heure où nous écrivions ces lignes. Ces conclusions devraient être adoptées par le Conseil le 28 mai prochain. (Pascal Hansens)