Un sommet entre l’Union européenne et le Japon se tiendra ce jeudi 25 avril à Bruxelles en fin d’après-midi, auquel participeront le Premier ministre japonais Shinzō Abe, et les présidents du Conseil européen, Donald Tusk, et de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker.
Si l’Union européenne se félicite d’un partenariat bilatéral redynamisé, elle aimerait voir Tokyo se ranger davantage à ses idées afin d'engager Washington en faveur d'un système commercial multilatéral robuste, basé sur des règles réformées.
Relations commerciales, bilatérales et multilatérales
Avec l’entrée en vigueur provisoire, le 1er février, d’un accord bilatéral de libre-échange, ou accord de partenariat économique (APE), et d’un accord sur la protection des données, les relations UE/Japon sont entrées ces derniers mois dans « une nouvelle ère », a estimé une source européenne, mercredi 24 avril (EUROPE 12184/3, 12178/3).
Le 10 avril à Tokyo, Cecilia Malmström, la commissaire européenne au Commerce, avait assisté à la première réunion du comité mixte de l’accord, afin d’en enclencher les procédures de mise en œuvre et la coopération bilatérale de suivi (EUROPE 12234/21).
En Alsace, le 17 avril, à l’occasion d’une visite de Mme Malmström, les vignerons français s'étaient déjà réjouis de la hausse des exportations vers le Japon.
La Commission européenne veut toutefois rester concentrée sur la mise en œuvre de l'APE. Le sommet sera donc l’occasion d’envoyer un signal fort à cet égard, en particulier sur les efforts mutuels des parties visant à faciliter l’utilisation des préférences tarifaires à tous niveaux.
L’UE abordera aussi la question de l’accès au marché des produits agroalimentaires européens, un sujet qui suscite parfois quelques frictions, telles que le problème de non-reconnaissance, par le Japon, des mesures de régionalisation mises en œuvre par l'UE en raison de la peste porcine africaine et des procédures fastidieuses dans l'approbation des demandes de fruits et légumes.
Le commissaire européen à l’Agriculture, Phil Hogan, se rendra par ailleurs du 8 au 11 mai au Japon, accompagné d'une délégation composée de représentants du secteur agroalimentaire de l’UE, en vue de permettre aux exportations agroalimentaires européennes de bénéficier davantage des résultats favorables de l’APE.
Les pourparlers portant sur un accord de protection des investissements entre les deux entités sont toujours actifs, a assuré une deuxième source proche des discussions, mais ils piétinent. Ils se heurtent aux réticences nippones face à l'Investment Court System' (ICS), le dispositif juridictionnel entre investisseurs et États proposé par l’UE. D’après cette même source, cette réserve participe aussi de la volonté de Tokyo de ne pas prendre parti entre ce modèle et les tribunaux d’investissements ‘ISDS’, toujours promus par Washington.
« À l'heure où le multilatéralisme est de plus en plus contesté, l'UE et le Japon ont l'occasion de démontrer qu'ils veulent affronter des enjeux globaux clés », a indiqué la première source européenne.
La réforme de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) sera également à l’ordre du jour (EUROPE 12240/14), notamment en vue du sommet du G20 d’Osaka, en juin prochain. L’UE et le Japon planchent avec les États-Unis sur plusieurs chantiers de réforme de l’Organisation, dont celui des subventions à l'industrie ou des transferts de technologie forcés, afin de corriger l’impact du modèle économique chinois sur les échanges mondiaux.
Les Européens souhaiteraient cependant voir des Japonais moins timides face aux États-Unis, où M. Abe se rendra après le sommet avec l'UE. D’après la deuxième source, le Japon refuse d’appuyer la proposition européenne soumise à l’automne 2018 en vue de réformer l’Organe d’appel ('Appellate body') de l’OMC (EUROPE 12146/16). L’UE est favorable à un système de règlement des différends robuste, mais Washington s’oppose au renouvellement des membres d’un organe dont elle conteste, entre autres, une jurisprudence jugée défavorable à ses intérêts.
Le Japon a préféré soumettre, la semaine dernière, un texte alternatif, conjointement avec l’Australie.
Le sommet d’Osaka pourrait offrir l’occasion d’un nouveau plaidoyer en faveur d’un système multilatéral efficace, mais, alors que se profilent les élections présidentielles américaines, le front pro-multilatéralisme ne pourra se montrer désuni, s’il souhaite engranger quelque succès lors de cette rencontre.
Les leaders devraient également aborder la question de l’ouverture de l’économie numérique, à l’aube du lancement de négociations plurilatérales à l’OMC, attendues dès mai (EUROPE 12228/15). Dans ce cadre, M. Abe défend la « voie d’Osaka », qui permettrait une circulation fluide des données numériques sous conditions strictes de protection et sécurité, initiative à laquelle l’UE souhaiterait s’associer, même s'il n'y a pas, à ce stade, de position européenne spécifique dans ce dossier.
Le climat, autre défi à relever sur une base multilatérale
À la lumière du dernier rapport du GIEC, Européens et Japonais devraient reconnaître l’urgence d’accroître les efforts mondiaux pour lutter contre le changement climatique, reconfirmer leur engagement à mettre pleinement en œuvre l’Accord de Paris sur le climat et leur volonté de contribuer au succès du sommet onusien sur le climat convié en septembre prochain par António Guterres pour relever le niveau d’ambition des engagements sur la table.
Selon la première source européenne, l’UE nourrirait l’ambition de s’entendre avec le Japon pour anticiper la mise en œuvre des engagements. « L’objectif est de progresser dans la mise en œuvre des engagements. Mais il n’est pas sûr que le Japon accepte l’idée d’une accélération de la mise en œuvre de l’Accord de Paris. Pour nous, la pleine mise en œuvre de l’Accord est un strict minimum. Nous espérons qu’au sommet du G20 d’Osaka nous pourrons aller au-delà, mais rien n’est moins sûr », a-t-elle confié.
Les deux parties devraient aussi réitérer leur soutien au programme onusien de développement durable pour l’horizon 2030, leur engagement à développer l’économie circulaire et à protéger la biodiversité en vue de la conférence onusienne sur la diversité biologique de 2020 en Chine. L’importance de la coopération UE/Japon en matière de gouvernance des océans devrait, elle aussi, être soulignée.
Affaires étrangères : péninsule coréenne et Iran
Européens et Japonais devraient aussi s’entretenir sur la situation internationale, en particulier dans leurs voisinages respectifs. Ainsi, ils pourraient discuter de la dénucléarisation de la péninsule coréenne alors que le dirigeant nord-coréen, Kim Jong-un, est en Russie pour un sommet avec le président Poutine – le premier du genre – et que les tentatives américaines de négociations sur le nucléaire nord-coréen semblent dans l’impasse (EUROPE 12204/31).
Les Européens et les Japonais devraient aussi revenir sur l’accord sur le nucléaire iranien, notamment après l’annonce par les États-Unis de leur volonté de lever les dérogations sur l’achat de pétrole iranien, exemptions dont bénéficie encore Tokyo, tout comme Athènes et Rome (EUROPE 12240/21).
La situation dans les mers de Chine orientale et méridionale et les développements en Crimée et en mer d’Azov pourraient également être abordés. (Hermine Donceel, Aminata Niang, Camille-Cerise Gessant et Lionel Changeur)