Les Vingt-sept devraient être en mesure d'exprimer, mercredi 10 avril, lors d’un nouveau sommet européen consacré à la sortie ordonnée du Royaume-Uni, une position favorable à une nouvelle extension de la période de l’article 50, mais il faudra pour cela que Theresa May apporte du sens à cette demande et qu’elle garantisse un fonctionnement de l’UE sans entraves pendant cette période. C’est le message qu’ont envoyé, mardi 9 avril, les ministres des Affaires européennes des Vingt-sept réunis à Luxembourg en Conseil 'Affaires générales'.
Autour de Michel Barnier, le négociateur de l’UE pour le retrait ordonné du Royaume-Uni, ils ont notamment pris acte de la recherche par Mme May d’une alliance politique transpartisane (notamment avec le Labour de Jeremy Corbyn) afin de trouver une majorité positive en soutien de l’accord de retrait. « Un élément nouveau » dans un contexte « grave » qu’est celui du Brexit – comme l’a décrit Michel Barnier à l’issue de la réunion – qui mérite que les Vingt-sept s’y attardent.
Pour autant – a mis en garde Michel Barnier –, cette extension de la période de l’article 50 (Mme May a demandé une période allant jusqu'au 30 juin) doit être « utile pour donner plus de temps, si nécessaire, pour réussir ce processus politique ». Donc « longue ou courte, elle doit être proportionnelle à l’objectif », toute extension devant « servir un objectif » bien précis.
Le négociateur a par ailleurs réitéré la disponibilité de l’UE pour revoir en « quelques heures ou quelques jours » le contenu de la déclaration politique sur les futures relations, l’UE pouvant très bien « ajouter une Union douanière à l’accord de libre-échange ». Mais il faudra que le Royaume-Uni soit bien conscient d’une chose : dans ces futures relations, tout sera fait pour protéger « l’écosystème » qu’est le marché intérieur pour les entreprises et les citoyens.
L’intégrité du marché intérieur, l’autonomie de décision des Vingt-sept et l’indivisibilité des 4 libertés devront être respectées. « On n’est pas prêt à compromettre les fondations mêmes de l’UE », a ajouté M. Barnier. « Il faut que ce point soit bien compris » par le Royaume-Uni. En attendant, cette décision de l’extension reste l’ultime responsabilité des Vingt-sept et tout ce que peut faire l’UE est de donner « toutes les dernières chances pour aboutir à un retrait ordonné », a poursuivi le Français, étant entendu qu’une sortie sans accord ne sera jamais « une décision pour les Vingt-sept ».
Une extension ne signifie pas la renégociation de l’accord de retrait
De son côté, le ministre roumain délégué aux Affaires européennes, George Ciamba, a souligné que l’extension de la période de l’article 50 était un « instrument » et pas « un objectif en soi ». Le ministre a en tout cas noté que les ministres avaient, en général, bien apprécié le fait que Mme May reconnaisse qu’une extension longue impliquerait d’organiser des élections européennes, le ministre qualifiant cette démarche de « pas en avant ». Il a aussi souligné que, pour les Vingt-sept, « il est très clair qu’une extension n’est pas une renégociation de l’accord de retrait ».
Pour sa part, le ministre irlandais des Affaires étrangères, Simon Coveney, a indiqué, à l'instar d'autres collègues, que l’UE était prête à répondre « de manière généreuse » à la demande de Mme May, mais que cette dernière devait lui apporter « un plan clair ».
Mme May à Berlin, puis à Paris
Theresa May devait rencontrer ce mardi 9 avril la chancelière Angela Merkel puis le président français, Emmanuel Macron, pour préparer le sommet. Selon une source diplomatique nationale, les Vingt-sept devraient en effet avoir mercredi un a priori positif concernant la demande de Mme May d’obtenir une extension, mais des conditions strictes y seront attachées, comme un vrai processus politique interne susceptible de réussir et la garantie, régulièrement vérifiée par les Vingt-sept via un mécanisme de suivi, que le Royaume-Uni ne s’immiscera pas de manière négative dans les affaires internes de l’UE et dans son processus de décision.
Le 10 avril, par ailleurs, en amont de la réunion et à l'initiative de la Belgique, un groupe de travail regroupant les pays les plus affectés par le Brexit se réunira en amont du sommet ; l’Irlande, la France, les Pays-Bas et le Luxembourg devraient déjà être présents. (Solenn Paulic)